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VARIETES SINOLOGIQUES N" 3

CROIX

ET

SWASTIKA

EN CHINE,

PAR

LE P. LOUIS GAILLARD, S. J

CHANG-HAI.

IMPRIMERIE DE LA MISSION CATHOLIQUE

A L'ORPHELINAT DE ï'OU-SE-AVE.

1893.

DS

647469

PRÉFACE.

-<>ot«<c-o-

Au premier abord, le titre de ce travail éveillera peut-être quelque soupçon mal défini : inquiet, plus d'un lecteur appréhendera, nous le craignons, d'y reconnaître une parenté fâcheuse avec tels opuscides de M. l'Abbé Ansault, visés par la Congrégation de l'Index. Ils ont trait au Culte de la Croix avant Notre- Seigneur, et soutiennent parfois une thèse hasardée, appuyée sur des preuves contestables en partie, outrée surtout par des exagérations de langage que l'auteur n'a pas tardé à réprouver courageusement . Sans rouvrir le débat, clos désormais et soidevé jadis à ce propos, avouons que nous aurions souhaité à cette polémique plus d'aménité sereine, plus de tolérance dans la forme: soutenue à armes courtoises, la joute en eût-elle moins sûrement tourné à l'avantage décisif des vues qui seules méritaient de prévaloir ? En fait, de part et d'autre la même bonne foi, ni infaillible, ni impeccable, luttait pour 2e triomphe désintéressé du Vrai.

Un simple coup-d' œil jeté sur nos pages révélera que, sauf la commune droiture des intentions, chez l'écrivain nommé plus haut et chez nous presque tout diffère: point de départ, sphère d'exploration, sour- ces, documents, méthode, mise en œuvre et manière de voir.

Nous nous bornons rigoureu^sement aux recher- ches d'archéologie, d'art et d'histoire, protestant par avance que nous adhérons de tout cœur au plus pur enseignement de l'Eglise.

Chang-hai. Novembre 1893.

AVERTISSEMENT.

L'en-tcte même de cette étude indique qu'elle voudrait se limi- ter à quelques points spéciaux de sym])olique décorative. Peut-être semblait-il préférable de circonscrire le champ de ces recherches aux seuls faits intéressant la Croix proprement dite : au cours de nos travaux, il nous devint bientôt évident que ce plan n'était exécutable qu'aux dépens de l'exactitude et de la netteté, et sous ])eine de négliger toute une série de documents, accessoires sans doute, mais qui, outre leur intérêt archéologique, projettent un surcroît de lumière aux abords du point principal de la thèse. Donc, sans céder à la tentation de donner au sujet plus d'ampleur qu'il n'en comporte, j'essaierai tout d'abord, dans des considéra- tions préliminaires sur la faufise croix, ou swasft/ta ^, d'établir les relations probables qui éventuellement rattachent ce signe à celui de la Croix véritable. Le reste, la majeure partie, aura pour objet ce dernier symbole, caractéristique rationnelle de la Religion du Christ.

Un mot sur notre essai d'illustration indigène. Outre notre part personnelle, les menus dessins sont l'œuvre de mains chinoi- ses; ils ont été ensuite gravés, selon les antiques procédés du pays, (bois de fîl, couteau et fac-similé au trait,) sur des blocs de Ginko biloba ou Salisburia adiantifolia, très employé autour de nous pour ce genre de gravure. (1).

Quant à la romanisation des caractères, le système suivi, ici et dans les deux premiers numéros des Variétés sinologiquev , est celui du Cursus littevaturse sinicœ du R. P. Zottoli.

Les lignes ci-dessous, indiquant par des mots français la pro- nonciation chinoise analogue, en rappelleront suffisamment l'éco- nomie. Négligeant tons et accents, on y insiste spécialement sur certaines anomalies qu'on a laissé subsister dans ce système pour respecter, autant que possible, la figuration traditionnelle des an- ciens missionnaires qui, par exem})le, écrivaient généralement : «les T'ang, les Song, les Liang, les Ming, K'ang-hi, KHen-long, Yang-tse-kiang, Nanking, Lao-tse, etc..

Après tout, dans l'impression des ouvrages européens, ïuni- forinité de romanisation importerait beaucoup plus que la logique, ou la perfection relative dans une système quelconque, car le

Nous avons cherché à en exposer le mode et les conditions dans le de Murs (1890) des Etudes rcliyieiises, philosophiques, historiques et littéraires.

m

système choisi restera toujours conventionnel cl ne sera jamais qu'un guide par à-peu-près, l'accord désirable dût-il se faire, au moins pour chacune des principales langues étrangères.

Remarque générale. Les voyelles isolées ont la même valeur qu'en français. Les consonnes prononcées sont partout dans le même cas, sauf quelques particularités pour // iniiînle.

1®. Si, précédée de C, II conserve sa prononciation ordinaire, v.g. cha, che, chou, comme dans «chat, cheval, chou», II ini- tiale devant I équivaut toute seule à Ch.

Exemples : /ii = chi ; /u*a=chia; /iien=:chien; hio=r-Ch'\o\ /iîu=chiu; /iiai = chiai, de «Achières,» K'-nng-hi se prononcera comme dans «un camp c/iinois»; hiang, comme en liant les deux mots; « affranc/ii eiitièrement.»

G est ici muet et négatif. Son rôle est d'indiquer que ang et ong prennent le son nasal qu'ils ont dans: «sang, rang, long.» Les monosyllabes : Lang, fang, kong, tang, fiang, lang, sang, reproduisent les sons de cette phrase un peu barbare : «L'enfant content sent l'encens.»

Toutefois G n'est pas signe de nasalité à la fin de ing ou eng; v.g. king, ding, sing, cheng, ping équivalent presque à « (juine, digne, signe, proc/ianie, irépigne. »

Par contre, AN non suivi de G se prononce comme dans «faim, sein, teint, enfin.» On a admis cette figuration parce qu'en quelques Provinces AN équivaut à ane dans «plane, fane, platane. » Donc la syllabe chinoise pan pourrait se représenter par les mots a pain et panne», tandis que les mots npan, paon et pend)) figureraient la syllabe pang. Au demeurant, la ville de Ki-ngan-fou peut très exactement se figurer par les trois mots «quine, gain, fou.»

2". H initiale devant a, e, o, ou, ai, ang, ong, indique une aspiration énergique manquant en français, une sorte d'R guttu- rale, prononcée du gosier en grasseyant fortement, quelque chose comme J (jote) en espagnol.

D'après ces règles, Chang-hai-hien pourrait s'écrire «Chant, hait, chien,» pourvu qu'on exagère violemment l'H de had. Aussi est-ce bien à tort, et au mépris de toute ressemblance phonétique, que les Anglais ont transformé Chang-hai (ou Shanj-haï) en Chan- gage, le son final é devenant une diphtongue.

QUELQUES AUTRES REMARQUES.

EN, IN, UN se prononcent comme dans «eîinemi, im\6, mine, lune.»

lEN, comme dans «mien, bien, sien.»

AI forme une fausse diphtongue uniquement pour l'œil ; elle équivaut à è. V. g. : lai, lai, pai, mai, sai = «laie, taie, paie.

IV

mets, c'est.» En quelques endroits cette syllabe se mouille comme dans atciyauij ^ullis.»

LIAO se rencontre exactement dans «galiote, souliote.» AO indique ïo de «sort, port, or,», (sauf en quelques pro- vinces ou l'A se sépare, mais demeure très bref.) Ainsi siao se trouve dans «nahonal, passionné, achonnaire, lao dans «Torfè- vre», mao dans «morale.»

Liang se fait entendre dans « concih"a?ib) ; liu dans «reh'u- re»; lieou dans «CoUioure;» choei dans «éc/iouer;» lu dans «é/u.» etc..

I" PARTIE.

LE SWASTIKA ET SES ANALOGUES

CHAPITRE I.

LE ^ SYMBOLIQUE.

Etymologie et origine. Le ft f^ux Indes, au Japon, dans les catacombes. La croix chrétienne n'en dérive pas. Le pt! ou le Lpj. Le py chinois dans la vie civile et religieuse. Dif- fusion de ce symbole. Applications et variantes chinoises. C'est un signe de bon augure.

CHAPITRE I.

LE Ft! SYMBOLIQUE.

L'état présent de nos connaissances, enrichies même des plus récentes acquisitions de l'épigraphie, de l!ethno2rraphie et de l'archéologie monumentale, ne permet pas d'assigner l'époque pré- cise de l'apparition de la croix gammée, ou s\^astika, ni d'en nom- mer la vraie patrie d'origine.

Ce nom de croix gammée, lui vient^ on le sait, de sa forme même : quatre gamma, (quatre L retournées.) implantés autour d'un point central, et opposés par leur base (fîg. 1.). Aussi avons- nous peine à imaginer ce que peut vouloir dire cette phrase d'une Revue spécialiste : on rencontre aux Indes « le swastika dépourvu de ses gammas.» (1).

Son nom sanscrit de swastika serait dérivé, d'après le G"^ Cunningham^ de la devise d'une secte indoue. «Les swastikas athées, dit-il, ont reçu leur nom de leur signe

Fig. 1.

Ï1

favori, le s\<'astika, ou croix mystérieuse, qui symbolisait leur croyance en swasti. Ce mot se compose de su. bien, et asti, C*est, équivalant à «c'est bien!» ou, «qu'il en soit ainsi!» impliquant une complète résignation dans n'importe quelle circonstance.» (2). Ce serait donc l'analogue indou de notre Ainsi-soit-il! Amen! fiat!

G. Dumontier explique ainsi le même mot sanscrit : «Les Chinois ont conservé le s\K'astiha dans leurs signes figuratifs; c'est le n^ 2i de la table des 214 clefs ou radicaux... Il se prononce ché, représentait exactement autrefois la croix gammée rtî et ne s'est aujourd'hui que très jieu modifié -{-. Il comporte une idée de perfection; c'est la clef de l'excellence; il signifie aussi le

(1) Revue d'Ethnographie. Tome IV. ii" 4. Juillet- Août 188o. "Le sioastika et ht roue solaire dans les caractères chinois, par Gustave Dumoutier.'" p. 329. L'auteur s'aiipuie trop sur l'ouvrage éruclit du P. de Prémare, Selecta vesti(/ia do(>matnm, manuscrit traduit et publié pour la première fois par Bonnetty et Perny : " Vestiges des principaux dogmes chrétiens...''^ Cent fois plus pauvre en ressources théologiques que l'ancien missionnaire, il exagère encore sa méthode d'interin-étation fantaisiste et d'analogies risquées, sans par- tager ni les mérites ni les excuses de son zèle abusé. Eu outre, il admet (p. 327) les puéri- lités d'exégèse essayées ces derniers temps au sujet du culte liturgique d'Agni "l'enfant divin, le CHRISTOS des Indes," et s'étonne (p. 330) de ce que "le clergé du moyen- âge" ait employé la croix pour exorciser les démons ! Quant à sa compétence en choses chinoises, il est plus oourtois peut-être de ne pas insister.

(2) Cf. Dennys; The folk-lore of China, p. 49.

4 CHOIX ET SWASTIKA.

nombre 10.» Si les Chinois emploient l'expression «10 fois,» dans le sens du suj^erL-ilif, devant un adjectif, par exem|)lc «cet hom- me est 10 fois bon,» pour «cet homme est très bon,» il est juste de faire remarquer que les aspérités des lig'nes transversale et verticale du signe -p, (énormes du reste dans la tigure donnée par l'auteur,) ne sont que les bavures voulues du i)inceau chinois et n'ont aucune relation avec les crochets du pt. Dumoutier jiour- suit (1) : «Analysant le mot sanscrit sx^^mstiha, nous lui trouvons une signification identique : su, radical qui signifie bien, excel- lent, d'où fiuvida>i, prospère, (en grec EYEIûlIS.) Asti, pers. sinff. de l'indicatif présent du verbe as, Otre, lequel n'est autre que le sum des Latins et que EIMI (ESMI) des Grecs. Ka, sufïixe formant les substantifs. SxK'astika veut donc dire : ce qui est bien, ce ({ui est excellent.» (2).

Nous croyons cette théorie plus plausible que celle d'Emile Burnouf, citée ici pour mémoire : «Ce signe (de la croix,) est celui que l'on trace sur le front des jeunes bouddhistes, et qui était usité chez les brahmanes de toute antiquité. 11 porte le nom de s\<'aslika^ c. à. d. de signe de salut, parce que le swasti était dans l'Inde, ce que la cérémonie du salut est chez les chré- tiens.» (3). L'arrière-pensée de l'auteur est, sans contredit, plus transparente que son explication.

Ce sM'astika remonte, en Asie, à un âge asseî; reculé, puis- qu'on le trouve mentionné dans le liamayana, (sur le navire de Pâma.). D'autre part les livres bouddhistes prétendent que, lors- qu'on voulut brûler le cadavre de Sakyamouni, on découvrit qu'il était incoml)uslibh^ au moyen du feu naturel. Mais un jet de flammes jaillit soudain du py inscrit sur sa poitrine, pour ré- duire le corps en cendres. (4).

(1) Gust. Dumoutier; article cité : p. 329. Nous ne nans arrêteroD'S p-.is h l'assertion de Tauteur qui reconnaît une croix dans les cinq points' du centre des deux tableaux m.ngi- ques, (p. 321) ^o-foM '/Pj (^ et Lo-ehou Y^ §, attribués, le premier à TEmpereur Foa-hi y^ ^^, 29Ô3 ans av. Jésus-Christ, le second au "Grand Vu 7^ 1^-" Tout ce qu'on peut dire, c'es>t que ces points sont disposés en croix.

Quant au caractère ~| , dix, il ne semb'e pas importer une autre idée de perfection que celle qui lui vient de son utilité dans le système décimal; c'est ai si que le i^3C le «dé- finit ^^^M^ }^, "Le complément des nombres, (uu chiffres.)" Pris dans le sens de très, com- plètement, devant un adjectif, il est oi\linairement accomjiagné du mot yj* fvn (parties,) et avec lui i-ignifie entièrement; littéralement : dix i^arties "T" vT ehe-fen, (sous-ent. sur dix.) Parfois, niais rarement, on se dispense d'ajouter fen, qui est alors sous-entendu; V. g. "p SB che-ts'iuen, '"absolument complet;"" dans les deux cas l'explication est la même.

(2) Au mot swdstika, dîins le Dictionnaire d'apologétique de l ahbé Jautjeij, on lit : "le sioastika expriine un souhait de bonheur, ce qui sans doute lui a valu sa diffusion."

(3) E. Bui nouf ; La science des Relir/ions.

(4) D"- Eitel; Titrée lectures on Buddhism. 2'ï edit. Hongkong 1873. p. 13. L'au- teur prouve que le Bouddhisme, au lieu d'être le précurseur du christianisme, n'en est que

I. LE rtî SVMBOLIQl'E. 5

Le rtî est connu au Japon sous le nom de Mang ziou (le si- gne des 10.000 années,) et on le trouve souvent ainsi disposé :

fi

"iVr

M*

Si on l'a assimilé au fylfot, d'autres y ont vu le marteau, la massue, le foudre, de Thor, le dieu du tonnerre, ou le Jupiter tonnant des Scandinaves. C'est le monogramme de Vishnou et de Siva; ou bien encore la «croix des Manichéens.» dont c'était, à-t- on dit, Tunique image.

L'un des caractères les plus frappants de ce symbole, c'est son universalité, dans le temps et dans l'espace. On le signale dans l'immense région qui s'étend sur le parallèle des Iles Bri- tanniques à celles du Japon, englobant le continent eurasien pres- que entier, avec les rives africaines elles-mêmes et les archipels de la Méditerranée, il était en usage au temps de Confucius, (551-479). (1). Il a même traversé l'Atlantique, ou le Pacifi- que (?) on l'a rencontré chez les Péruviens et Mexicains du Nou- veau-Monde, au Yucatan, au Paraguay et aux Etats-Unis. Il n'est guère de fouille imjiortante qui ne le révèle, et le temps n'est peut- être pas éloigné Ton pourra dresser la carte exacte de son aire géographique, plus étendue même que celle de la civilisa- lion. Quand sera-t-ii permis de marquer le temps précis nos ancêtres, iraniens ou touraniens, se sont aventurés à l'esquisser?

Il semble hors de doute que le swastika, pour lui garder son nom indien, a été avant tout et primitivement un symbole au sens mystique et mystérieux. Nous verrons qu'on en a fait bien vite, par une conséquence fort naturelle, soit un ornement, soit le membre d'une ornementation décorative.

Avant de passer 'outre, mentionnons une théorie démodée, plus ou me';;:; J.:. \cç. dans le principe, condamnée par une scien- ce moins aveugle, écrasée enfin sous les répliques de spécialistes autorisés. En 1872. M. Em. Burnouf écrivait dans son ouvrage La science des religions: «Les archéologues chrétiens pensent que c'est la forme la plus ancienne du signe de la croix : nous le croyons aussi.... Quand Jésus eut été mis à mort " par les Juifs, ce vieux symbole aryen lui fut aisément appliqué, et le svastika, par des transformations successives, devint la croix hastée des modernes chrétiens.» Ces affirmations si osées n'avaient pas paru dans la Revue des Deux-Mondes qui, en 1868, avait eu la primeur

le plagiaire, (p. 14) en ce qui concerne la juaitie historique des récits sur la vie de N. S., copiés ou travestis vers le V^ ou VP siècle.

(1) Cf. Alexandre Bertrand, La Gaule avant les Gaulois. Ce passage est cité par M. l'abbé Ansaiilt, qui donne une longue liste bibliographique d'ouvrnges relatifs à la croix (jamniée.

6 r 110 IX ET SWASTIKA.

dos articles réédilês dans l'ouvrago sus-nommo. L'autour so bor- nait à dire que «les catacombes les premières en date» offraient plusieurs de ces ((sym])oles do rOri(MU indo-i>orse, en y attachant le même sens métaphysique.»

«Ses assertions, dit Paul Allard, qui est ici notre guide (1), peuvent se résumer ainsi : 1**, c'est la forme la plus ancienne du signe de la croix; 2**, elle se rencontre à Rome dans les cata- combes les premières en date; 3", ce symbole, étranger à l'Egypte, à la Grèce et à la Judée, a été emprunté par les premiers chré- tiens aux livres des Indiens et des Perses. Aucune de ces pro- positions n'est exacte.»

Contrairement à la première, M. de Rossi affirme qu' «au- cun archéologue moderne n'a émis une ]iarcille opinion, qui est contraire aux résultats les plus certains des fouilles faites depuis 30 ans dans les Catacombes.» Dans le second volume de Roma sotterranea, publié en 18G7, c. à. d. un an avant les articles de M. Burnouf, le même auteur, (t. II. p. 318.) déclare que la croix gammée, ne se trouve, à sa connaissance, sur aucune pierre tom- bale portant gravés les symboles les plus anciens;» et il en donne la preuve irréfutable. Enfin, «il lui parait évident que ce n'est pas une des formes originaires de la représentation de la croix; mais plutôt une de ces combinaisons de lignes, que les chrétiens, dans leur désir de représenter ou de dissimuler le signe sacré, empruntaient volontiers à des sources étrangères.» En 1868, à propos des articles de ^I. Burnouf, M. de Rossi a brièvement résumé ce sujet et a prouvé que le ptj ne fait son aj^parition dans les monuments chrétiens qu'à une époque relativement récente; la croix gammée «apparait et se multiplie dans les régions ap- partenant à la fin du III® Siècle et se maintient sur les monuments du IV^» (2).

«En outre, M. de Rossi, dit Paul Allard, démontre que la combinaison de lignes connue sous le nom de croix ycttiîr.:'?, loin d'être propre aux Indiens et aux Perses, se retrouve chez tou les peuples. Elle a été rencontrée sur des statues assyriennes, dans des sépultures étrusques et samnites, et sur des j oteries anglaises et italo-grecques... Sous l'Empire, les Romains la des- sinaient souvent.» (3).

«La croix gammée, poursuit Paul Allard, n'apparait pas sur les inscriptions chrétiennes, avant le IIP Siècle; sur les peintures

(1) Home souterraine, p. 311.

(2) BoJet. di arcli. crist. 1868. p. 90-91. Nous ne citons plusieure de ces ouvrages que de seconde main. M»"" de Havlez n'admet pas l'opinion des auteurs qui pensent que le rt. a été imaginé /or^»«<c?ne>«i par plusieurs peuples.

(3) Cf. Journal officiel, 10 Janvier 1873. De Mortillet ; Le s^inne de la croix arant le Christianisme, p. 14:0-1.53. Paris. 18G6.

I. LK Ptj SVMnOLIQUE. 7

il en est (le niénie.» (1). Les ehn-tiens s'emparrrenl assez tard de cette combinaison « Ibrt inoCfensive» de lig-nes. pour dissimuler la croix, en l'aperecvant sur des monuments soit orientaux, soit plus voisins d'eux. «Peut-être la ressemblance du siç^^nc dont il s'agit avec le tnu des Phéniciens fut-elle la raison (pii le leur fit adopter.» (Analogue est la genèse du mythe chrétien d'Oriihée). On ne peut donc continuer à dire que le Christianisme a em- prunté à la civilisation indo-persique le symbole de la croix, copie ou contrefaçon du «uvish/^a, signe peu fré(|uent et peu ancien dans les Catacombes.

Au surplus, en tenant comité de sa distribution géograi)hi- que et des incertitudes de son origine, M. Burnouf serait embar- rassé pour prouver que le ptî, qui ne veut ])as dire sijpu* do, sn- lut, est exclusivoiuent aryen (*t nullement touranien. En tout cas, n'est pas l'origine de la croix chrétienne. (2).

Mais la thèse, ou })lutôt les corollaires sournois de la thèse, plaisent à plus d'un savant, pour qui les recherches soi-disant platoniques de la science déguisent mal d'autres préoccupations, moins sérieuses et plus sectaires :

«L'emblème du Christianisme, assure >[. de Mortillet, est tout bonnement emprunté aux vieilles religions indiennes. (3).» Et l'auteur fait })asser sous nos yeux une longue série de croix, plus ou moins croix, ({u'il dit antérieures à la venue de X. S. sur cette terre. Mais, demande justement ^[. Ilamarvl, s'ensuit-il que «le fait de la Rédemption est un mythe! Que X. ^>. n'est point mort sur une croix? et que l'unique motif de l'adoption de ce signe par les chrétiens est la vénération dont il était déjà l'objet à l'avance? nous ne pensons pas que j\[. de Mortillet aille jus({ue là!... Ou bien ces prétendues croix sont de simples figures géo-

(1) Par exemple, le /ossw D/o(?^«c.ç, dans le cimetière de Domitille, et le Bon PaS' teur, dans le cimetière creusé sous le bois des Arvales.

(2) " On peut y voir une sorte d'emblème caractéristique de lu race aryenne ou indo-germanique, à laquelle appartiennent presque tous les peu])les de l'Europe, ainsi que les Persans et les Indous... On l'a trouvé chez la plupart de ces peuples et rarement ailleurs.... Le mieux est d'y voir un emblème sacré, d'origine védique, caractérisant, non une religion, mais un groupe ethnique considérable et dont la véritable signification est restée pour le moins douteuse." Dictionnaire d'ApoIot/étique. par l'abbé Jaugey-Article de Ms' de Harlez. p. 3025. INIourant-Brock a soutenu dans son ouvrage ''Croix païenne et croix chrétienne" (Paris, Leroux, 2^ édition traduite de l'anglais,) que la croix des chrétiens était d'origine païenne et que ceux-ci l'avaient adoptée pour faciliter ainsi le passage des religions anciennes à la l'cligion nouvelle. Pour ruiner le misérable échaf- faudage d'allégations qui prétendent appuyer cette théorie, il suffit de remarquer que la croix des chrétiens est un instrument de supplice, rappelant le Christ et sa Passion, tandis que la croix accidentelle des païens est tout autre chose. Formelle, elle ne seniit tout au plus qu'une amulette. Cf. Diction, d'apofof/étique, p. 675.

(3) Musée préhistorique, pi. 99. Cf. également ; Le siijne de la croix avant le Christianisme.

8

CHOIX ET SWASTIKA.

métriques, résultat du croisement, en (luehjue sorte accidentel, de deux lignes droites, ou bien elles sont postérieures au Christia- nisme. La plupart rentrent assurément dans la j^remiè- re catégorie.» (1). Il l'ait re- marquer à-propos que, de fait, elles sont grecques, et 710/j latines. Au sujet d'une libule en bronze, trouvée en Grèce, et ornée d'une croix gammée, (tournée à droite), comme sujet prin- cipal, (fig. '2.) l'abbé Ha- mard continue : jp-^^ 2,

«D'ailleurs, la figure que M. de Mortillet confond ici avec la croix chrétienne n'y ressemble que de fort loin : c'est la C70i.v gamniêe ou le swashTja; or, comme la roue (pii eut elle-même sa signification religieuse, spécialement chez les Gaulois, la croix gaminée semble avoir été considérée dans l'antiquité comme l'image du soleil, et, à ce titre, honorée à l'origine d'une sorte de culte; mais ni l'une ni l'autre de ces figures n'est la croix proprement dite.»

D'accord avec Paul Allard et l'abbé Martigny (2), qui don- ne la variante ci-contre, (fig. 3.) il affirme que les Chrétiens ne l'ont accepté temporairement que pour cacher la vraie croix aux païens comme ils avaient adopté certaines figures ou rébus sacrés, (fig. 4. 5.) l'ancre, le poisson IX(h)TS, le palmier, le pélican, le ^i(j. 3. paon, et Orphée pour le Christ.

C'est dans le même but qu'en Egypte surtout, le thau sorte de potence, i)rise dans l'alphabet hébreu, et la croix ansée, symbole de vie ou d'im- mortalité, eurent, sanctifiés par cet usage, l'honneur de paraî- tre sur des monuments chré- tiens. Mais c'est un fait bien constaté que, quand le ^'^- 4-

Christianisme put se montrer le front haut, il abandonna le py,

(1) Cosmos. N" du 27 Août 1887. p. 87.

(2) Martigny, Dictiommire des antiquités chrétiennes, p. 168.

I. LE py SYMBOLIQUE. 9

le T, et la croix animée, (fig. G.) pour en revenir simplement à la croix grecque ►!<, et mieux encore à la croix la- tine -]-.

Le swastika n'est donc point une vraie croix, ou la croix des Chrétiens n'est point d'origine païenne. Ce résultat admis, et l'hypothèse contraire écartée, nous sommes plus libres, grâce à ces considérations pré- liminaires, d'aborder l'étude propre du ptl en Chine. ^iy. 6.

Les sinologues d'outre-mer et les lettrés indigènes s'accor- dent à y voir la forme antique ou abrégée du caractère 3S' qui signifie 10.000 et se prononce, soit comme la diphthongue française oin dans le participe passé ointj du verbe oindre, soit comme le son complexe oanne dans le nom de la ville de Roanne. C'est donc avec raison et intention qu'on le figure wan.

Les dictionnaires chirois (1) confirment tous ce sens et cette dérivation, ajoutant que, tracé sur la poitrine des idoles boud- dhiques, comme la marque spéciale des divinités adorées par l'école du Lotus Jj ^, il passe pour le symbole imprimé sur le cœur de Bouddha. (2).

Les légendes qui parlent des 32 perfections du corps de Gâutama (Bouddha), y ajoutent 18 espèces d'excellences, en com- mençant par des ongles démesurément longs et en finissant avec le ^ ^, caractère 10.000 ou swastika py sur la poitrine. Ce Ptj, c. à. d. le fou sin yn ^^ tij> P|), «le sceau du cœur de Boud- dha», est le résumé de toute l'intelligence bouddhique. En mou- rant, Sakya-mouni aurait laissé à son disciple Maha-kashiapa le Tcheng-fa-yen-tsang, «le pur secret de la droite doctrine.» Le ■wan^ ainsi figuré ptl, serait le symbole de ce principe ésotéri- que, communiqué oralement, sans livres. (3).

(1) C'est ainsi par exemple que le -^ ^ 1^> cité par le diction, de K^ang-hi-, le définit ?îl :«■ H î?.

(2) Fou sin yn "^ >L? Pp. On l'appelle sôtthika en pâli, ou suvatthika, et bkachiapa en thibétain. Eitel, {Hand-book of chinese Buddhisni, p. 167, 2* édit.) donne, avec un son thibétain différent, plusieurs équivalents chinois du son qu'il écrit svastika. Il ajoute une explication, ( tirée des livres bouddhiques,) du mot sanscrit, c. à. d. ki sianp ivan tchesouotsi "^ M M M i, PJï ^, "felicis augurii myriades virtutum ubi cumu- lantar." Il indique enfin quatre emplois de ce caractère.

(3) 'Ma.y ers ; Chinesereadcr'smanual. '-Eitel; Hand-hookfor the student ofChinese

huddhism, p. 1C7.

Edkins; Chinese Buddhism, p. 63. Plus récemment ce dernier auteur écrivait : "The symbol man Ffc! on Buddha's breast has now, by Goblet d'Alviella, been traced to India and Sicily B. O. 350, and to Asia Minor and Greece B. C. 600 to B. C. 1200. He states it to be the symbol of the sun and the équivalent of the Egyptian urœus snakes, two in number and known as the winged sun. In Thrace it reads mes for Mithras. This is curions if true. The use of this mark is characteristic of northern Buddhism. It belongs to the

2

10 CROIX ET SWASTIKA.

Wells Williams, (page 1040» de son Dictionnaire,) lui rccon- nail aussi un sens décoratif ornemental. Comme ft ^ J^ veut dire «rornement qui a la forme du caractère rt», il l'appelle Vitriivian scroll, le méandre gréco-romain. Nous reviendrons dans un paragraphe spécial sur cette fonction particulière. (1).

Dans le vol. des Notes and Queries on China and Japan, (p. 98,) le D"" Eitel présente un aperçu des plus intéressants sur ce symbole. Les pays pénétrés par l'influence Indo-bouddhique, tels que les Indes, l'Indo-Chine, le Thibet, la Chine, la Corée et le Japon, le regardent ordinairement «comme la réunion des signes d'heureux présage, possédant les 10.000 vertus, et l'une des 65 figures mystiques que l'on peut reconnaitre sur les fameuses empreintes des pieds de Bouddha. Cette interprétation prouve bien, qu'au moins en Chine, le swastika est d'importation boud- dhique.» (2). Ainsi, il n'y serait guère antérieur à l'ère chré- tienne : de l'uluros découvertes pourraient bien infirmer la ri- gueur de cette double conclusion.

image worshîp of this religion. As such it did not attain at ail to primitive Buddhism. Magical signs with the hands are another feature of northem Buddhism. Primitive Bud- dhism knew nothing of thèse things. When the early preachers of this religion were in Afghanistan, Persia and adjoining countries, they adopted the magie there prevailing and found it useful as a popular weapon to advance their interest with the common people. This is the best account to give of the adoption by Buddhist of a sun-worship symbol," The Messenger. March 1893 p. 41.

(1) Les acceptions que fournit le récent dictionnaire de Giles présentent cette particularité remarquable, que le caractère ni ne paraît qu'en composition avec ^ tse. Le mot ainsi composé signifie "le caractère wan'\ ou bien "ayant la forme du caractère ti>an'\

Outre l'exemple ci-dessus emprunté à W. "Williams, nous trouvons cet autre IT. ^r tPi TT ' 'Balustrade dont les pièces décoratives ont la forme du caractère wan'\ nZ ^ ^ ' 'Fruit ayant la forme du caractère wan". = Hovenia dulcis.

Enfin on pourrait citer deux autres expressions, dont Tune empruntée au ^U WL (Cf. Dict. de K^ang-hi) attribue poétiquement une origine céleste au caractère wan, et l'autre rappelle sa forme excentrique /p J'J ^M-

(2) M. Alabaster, dans son ouvrage sur le bouddhisme siamois : La roue de la Loi, porte à 108 le nombre de ces figures. Cf. Dennys; The folk-lore of China, p. 49, Nous reproduisons ici cette empreinte des pieds de Bouddha, copiée dans le travail de J. Fer- gusson : Description of the Amravati tope in Guntur. ( Journ. of the Royal Asiatic Society; vol. III. P. /. p. 159. - 1867.^ et coUationnée sur une photographie, malheureusement pâlie, de son hel in-folio: *'Tree and serpent worship... in the first and fourth centuries after Christ, from the sculptures of the buddhist topes at Sanchi and Amravati. London. India-Museum. 1868. Cette empreinte des pieds de Bouddha s'appelle S'ripâda.

I. LE 1^ SYMBOLIQUE.

Il

Voici une Empreinte des pieds de Bouddha, avec les em- blèmes ordinaires : le ichakra, ou «roue de la loi,» le trisul, espèce d'oméga renverse, le swastika, ou if^ ; iorii^nnal est en- cadré de lotus, (fig. 7.).

Fig. 7.

Sur la copie insérée ci-dessus, on reconnaîtra de vraies croix latines, nettement tracées, à côté des autres signes; ce qui incline à contester l'antiquité reculée de cette curi- euse empreinte. Le bouddhisme a tant imité, et même il imite tant, de nos jours et sous nos yeux, des rites et pratiques ex- térieures du Christianisme! (1).

M. Dennys renvoie à une récente étude sur le travail éru- dit de M. Waring (Cer amie art in remote âges,) l'on disait:

(1) Cf. Hue; Le Christianisme en Chine, p. 18, vol. M»' Laouenan; Le Brahma- nisme, passim. Il est avéré que le canon des livres sacrés du bouddhisme, (bouddhisme du Nord, notamment,) n'a été complété qu'à la fin du 16« ou au début du 17" siècre. (1573- 1619.) Cf. Eitel; Three lectures on Buddhism-London, 1873. p. 24. et Hand-hook..., p. 180. Le canon du Sud (Nankin) daterait de 1368-1398, celui du Nord (Pékin), de 1403- 1424.

12 CROIX ET SVVASTIKA.

«Une autre forme de la croix, dont l'auteur a réuni des spé- cimens fort nombreux, est le fylfot.y)

En donnant l'explication habituelle du pb!, il l'estime autre chose qu'un simple ornement, et il soutient que, chez les boud- dhistes, cette croix a un sens absolument opposé à celui du thdiU des Egyptiens, ou de la croix des Chrétiens, puisqu'il est le symbole des sectes athées, mentionnées plus haut. (p. 3.). «A la collection de faits rapportés par M. Waring, (c'est M. Dennys qui parle), il faut ajouter que, quand les femmes indoues lavent leurs pauvres chaumières et enduisent le sol, en terre battue, d'un épais mélange de vase et de bouse de vache, elles ne manquent pas de tracer un swastika sur le seuil.» Elles prétendent en écarter de malignes influences. (1).

«Le D"" Eitel... fait ressortir que les Scandinaves, les Danois, les Allemands et les Anglais attachent encore une importance superstitieuse à ce charme magique pt, cher à leurs ancêtres païens et aux bouddhistes chinois de nos jours. Jusqu'en notre temps, le Marteau de Thor est employé parmi les paysans alle- mands et irlandais, comme un talisman mystérieux pour écarter la foudre.» [Mythes curieux du Moyen-âge ; article : Marteau de Thor.) «Il n'est pas rare de voir ce symbole fondu sur les clo- ches (d'Angleterre) et beaucoup d'entre elles portent cette mar- que... Le fait que le dit symbole est commun au bouddhisme et à la mythologie Scandinave dénote une origine identique dans les temps reculés; avant que la race aryenne eût com- mencé ses migrations vers l'Ouest, alors que la dynastie des Chang régnait encore sur la Chine, à l'époque de Cadmus, l'in- venteur des alphabets occidentaux!» (2). C'est bien l'universalité dans le temps et dans l'espace dont nous parlions quelques pages plus haut.

Naguère on comprit mieux la fréquence avec laquelle les poteries les plus anciennes reproduisaient ce ptî, en exhumant

(1) Les jambes si employées dans Tile de Man se rapprochent du fylfot... Ce ne sont parfois que des lignes courbes, mais le plus souvent 3 angles obtus. Parfois on y compte cinq ou six bras. Cette disposition rappelle la roue de la Loi, ou la roue de Bouddha. Cette figure à trois jambes est commune au Pendjab et dans le Nord de l'Inde, elle passe pour un charme. Certaines sectes la placent dans leurs maisons, mais générale- ment au-dessus de la porte, au témoignage

III III

de Dennys. En Chine cette place est ré- '^^V > T^

servee aux

pa-koua /\ ^b> trigramnies, \ ■« ■« vr j^j-^ 9^

disposés circulairement, { fig. 8. ) avec ou et- o

sans le yang |^ et le yn 1^, principe mâle et principe femelle (fig. 9.). Le rc s'y voit aussi, notamment à Nankin. Cf. p. 19.

(2) Dennys; The folk-lore of China, p. 49.

I. LE py SYMItOLIQUE,

i:j

une des matrices en terre qui l'estampaient dans la pâte molle des ustensiles encore à cuire. (1). (fig. 10.).

Fifj. 11.

Fi</. 10. Fig. 10,

Un dessin contemporain que je copiais ces jours-ci se pré- sente ainsi, (fig. 11.). Le maçon qui l'a exécuté a conservé, en l'orientant différem- ment toutefois, la disposition de l'orne- ment imprimé, il y a deux mille ans peut-être, par le potier des stations lacus- tres. (2).

On conviendra sans peine que, pour l'œil qui n'est pas sur ses gardes, cette figure, trouvée au lac du Bourget, a beau- coup plus l'aspect d'une croix que d'un p^; par s'explique peut-être la séduction qu'elle exerça sur les décorateurs chré- tiens du IIP siècle. Ils y découvrirent avec joie un équivalent facile à substituer sans scandale au symbole préféré de leur reli- gion.

J'introduirai ici le croquis d'un frag- ment des vestes gammadiœ; ce sont d'an- ciens tissus brodés, redevables de leur nom à la présence de la croix gammée. L'Italie en possède qui offrent des combinaisons originales, (fig. 12.) (Cf. Cosmos. Mai 1887. p. 204.).

(1^ Dessin emprunté aux Comptes-rendus du Congrès des Orientalistes. Lyon 1878, t. II; pi. VIII. "Palaffite de Grésina, Poterie du lac du Bourget. Sistres et swastika des Palaffites. "

(2) C'est une grossière peinture au trait, noire sur fond blanc, exécutée sur le sou- bassement qui porte la vitiine du Dieu du soleil, (tenant un coq dans un cercle,) dans la pagode de San-wanq-miao ZL 3E ^, la "Pagode des trois empereurs" au bas de la col- line du Fé-ki-ko ^t S ffil> à, Nankin. Ces trois Ifi à branches courtes surmontent ( une pêche?) un fruit symbolique. La vitrine qui fait pendant est décorée d'une peinture ana- logue, mais avec deux "JÏ seulement, de même orientation pourtant. Nous attirons l'at- tention sur cette orientation, à cause d'une remarque, plus ou moins justifiable, du nouveau dictionnaire chinois-anglais de Giles, d'après laquelle le signe ni devrait s'ap- peler sauastika et non sioastika; les branches recourbées de ce dernier sont tournées dans le sens delà marche des aiguilles d'une montre: in. M»' de Harlez admet cette dénomi- nation.

Fig. 12.

\\

CROIX ET SWASTIKA.

Fig. 14.

Au reste, le vieil art occidental ne peut prétendre au mono- pole de cet ornement. Voici que le numéro I de j^ la nouvelle Revue consacrée aux choses de la ^V/ni Tjfi) presqu'ile coréenne, The Korea repository, donne V. ^A^ la rude illustration reproduite ici. (fig. 13.). Fi(j. 13.

C'est un pot à gentiane en pierre, (la gentiane remplace le thé en ce pays,) récemment découvert dans un tumulus de date incertaine, mais fort reculée.

Guimet, dans ses Promenades japonaises (p. 109.) esquisse un cheval consacré à Quanon^ la Koan-yn JJ chi- noise émigrée au Japon, lequel porte sur la croupe un bien formé. (1). Une fin de chapitre de son Petit Guide illustré (p. 186.) présente en cul-de- lampe un blason japonais, sans indication de prove- nance, (fig. 14.). C'est peut-être celui que Audsley, (Keramic art of Japan), donne comme le blason du daïmio à'Asciu : (fig. 15.). Le P. de Charlevoix écrivait il y a longtemps : Avant Saint François Xavier, Tévangile n'avait point été prêché au Japon, cependant nous avons vu que les cérémonies du culte supersti- tieux des Japonais paraissent copiées d'après les nôtres.» C'est le fait (lu bouddhisme. «D'ailleurs le Saint Apôtre trouva que le roi de Saxuma portait une croix dans son écusson, ce qui est sur- prenant dans un pays la croix est un supplice infâme. Cela me fait croire qu'il y a au Japon quelques familles originaires c-hinoises, qui avaient eu, à la Chine, connaissance de notre sainte Religion.» (2). Il serait vraiment intéressant de savoir s'il s'agit d'une vraie croix, d'un simple ornement crucifor- me, ou d'un fi^, signe qui déconcertait un peu la critique d'alors, et que l'on trouve fort ancienne- ment employé parmi les marques de porcelainiers et de faïenciers japonais. De Milloué (Petit Guide illus- tré, p. 248. j attribue ce blason à «Shimadzou, prince de Satzouma [i\g. 16.).

Fin. 15.

Fiy. 16.

(1) Est-ce pax inadvertance que le ÎjI est retourne? Le cas est fréquent dans les illustrations européennes, le fait est souvent aux exigences mal comprises de la typographie en relief. Il ne faut donc point se hâter de décider, sur de simples dessins, et avant d'avoir les originaux sous les yeux, s'il y a swastika ou sauastika.

(2) Histoire du Japon. Louvain, 1828. Livre I. p. 31. S* François-Xavier écri- vait en 1552 au sujet des Japonais : "Dans ce pays, j"ai travaillé longtemps et avec ap- plication afin de connaître, d'après toutes les anciennes traditions, si les Japonais ont jamais eu connaissance de Jésus-Christ ; et j'ai fini par me convaincre, qu'ils n'en avaient jamais rien connu. A Cangoxima, nous sommes demeurés pendant une année, je me suis apei'çu que le souverain et ses parents avaient une croix blanche dans leurs armoiries de famille, mais néanmoins qu'ils ignoraient entièrement le nom de Jésus-Christ." Lettres de S. François-Xavier. Tome II, p. 230. Edition Pages.

I. LE py SYMBOLIQUE.

IT)

George Moore, dans son très curieux ouviaiic The los;t tribeK, (Londres 1861.) reproduit, page 215, ce double détail fort signi- ficatif, qu'il dit emprunter aux bas-reliefs indiens de Sanchi, et qu'il explique comme représentant Bouddha ou la rouo de la Loi,

(le bouddhisme).

(fig. 17.). On ne peut qu'être frappé de la disposition spéciale, en forme de croix, qu'afïectenl ces qua- tre py. Ils cor- roborent sans con- tredit des affirma- tions du D"" Schlie-

Fig. 17.

man

«Les signes et ►!< (fig. 18.) ont été, dès les temps les j— 1 plus reculés, les symboles les })lus anciens de nos

r— ' ^—^ ancêtres aryens... Je suis à même de prouver que cet- ^n I te croix, ainsi que le Uj, étaient, pendant des milliers * d'années avant J.-C, des svmboles relii»-ieux de la

plus haute importance, chez les premiers ancêtres des races aryennes, en Bactriane et dans les vallées de TOxus, à l'époque les Germains, les Indiens, les Pélasges, les Celtes, les Perses, les Slaves, les Iraniens, ne formaient qu'une seule nation et parlaient tous le même langage.» (1). Il y a quel- ques exagérations qui se corrigent d'elles-mêmes.

Aucun archéologue n'ignore maintenant qu'Assurbanipal (900- 830) parait avec une large croix au cou dans un bas-relief nini- vite au British Muséum. Au même Musée, Samsi-Voul, (ou Ra- man III. 822-809,) porte aussi cette croix pattée; si bien qu'un enfant se figurait voir des évêques dans ces statues mitrées! L'n collier royal, des bracelets, des harnais assyriens en sont aussi décorés. (2). A Londres encore, une peinture égyptienne, datant de 15 siècles av. J. C. montre la croix grecque au cou d'ambas- sadeurs asiatiques apportant le tribut à un Pharaon. Tout cela est si connu, a été rappelé si souvent, que nous n'osons repro- duire ici la gravure de ces documents. Contentons-nous de redire qu'on aurait tort d'y signaler autre chose que des amulettes orne- mentales.

Elle est bien singulière aussi la vignette que George Moore dispose en cul-de-lampe à la page 10 de son ouvrage The lost

(1) Rapport sur les fouilles de Troie, p. 48.

(2) Cf. Lenormant; Histoire ancienne des peuples de l'Orient ; 4*" vol. p. 105, 20G, etc.

J6

CROIX ET SWASTIKA,

Fi'i. 19.

Tvibos cl qu'il intitule «Tarbro de Bouddha,» sans indifiucr il la i)rcMid (lig. 10.). Los amateurs d'analogies pi(iuan- tes y verront sans elïort une croix sur un pit3destal, une crux ge)m)nita, florida, de même style que plusieurs aulr(^s tirées des Cata- combes. Leur en fera-t-on un crime, et n'y a-t- il qu'une pure coincidence, absolument for- tuite? Tâche ardue que celle d'en décider : reste à savoir si de pareilles représentations ne sont pas dans les Indes postérieures au sacrilice du Calvaire. hc Bôdhidruma ^ ^ i^ « Tarbre de Bouddha» [BodhUvoo, ou Bo-troe des Anglais,) est le pippahi^ le bô, ou ficus rehVy/osa, ù l'ombre duquel Sakyamouni fit sept ans de pénitence et devint Bouddha. Le tâla, sorte de palmier, (Borassus flahelliformis) est également cher au bouddhisme. Dans })resque toutes les .'incien- nes religions, notamment en Asie, on a retrouvé ce respect pour un arbre sacrè^ reste indubitable des traditions jiaradisiaques sur «l'arbre de la science du bien et du mal.» Un bas-relief du Louvre représente Sargon (Salmanazar) devant cet arbre mysté- rieux, symbole d'immortalité, toujours vert, odoriférant, chargé de fruits. «L'arbre de vie, la plante de vie», est un thème cou- tumier pour la sculpture, la peinture et la glyptique de la Chal- dée. Qu'on l'identifie avec tel ou tel végétal des Indes, c'est la même plante que le célèbre soma, plante sacrée des anciens rites aryas, et il faut y voir l'un des emblèmes les plus élevés de la reli«-ion. (Cf. Viaouroux, La Bible et leti découvertes ïnodernes. 3^ c^d. L p. 199. )^

Il va sans dire que les légendes de la race jaune présentent aussi leur «arbre de vie, d'immortalité. » Elles le nomment K'iong^ chou et le placent sur le mont K''oen-len (Indou-kouch), sorte de paradis terrestre, la Si~\K-ang-mou "^ ^ -^, la «mère du roi de l'occident, » lient sa cour. Cet arbre prodigieux, tout de jade et de chrysoprase, a 10.000 coudées de hauteur et 1.800 pieds de circonférence; il ne porte de fruits que tous les 3.000 ans. Les fées en donnent alors à leurs favoris qui deviennent immor- tels. Taoïstes, lamaïques ou bouddhistes, les artistes chinois, mongols, thibétains, japonais ou coréens^ reproduisent à l'envi ce motif, sous sa forme hiératique et conventionnelle, emprunté pro- bablement, avec la légende elle-même, au folk-lore hindou. En réalité, les Brahmanes révéraient le ficus indica : les Bouddhistes lui ont substitué le ficus religiosa. Pauthier {Chine moderne I. p. 188.) mentionne un phou-ti, ou bô-dhi^ planté dans un temple thibétain de Pékin. Notons en passant que la croyance à ce para- dis de V Occident^ auquel préside Amithâbha Bouddha, (la lumière substantielle, infinie,) qui porte «l'étrange croix du swastiha pt » sur la poitrine, est postérieure au Christianisme et en contradiction

I. LK py sv.MHoi.inri:,

formelle avec le nirnhia, annihilation; car elle suppose un honlieur sans fin, en excluant les renaissances de la métempsycose. ('<; dogme, exotifjue aux Ind(^s, inconnu du bouddhisme S('|)tentrional avant l'an li7, popularisé au V" siècle, encoici ignoré en IJiinia- nie, à Ceylan et au royaume de Siam^ ce culte accom|)agnant habituellement celui de la vierge Koan-yn. a la Déesse de la misé- ricorde,» est originaire du Cashmir, du Néi)aul, et dénote l'in- fluence des idées Gnosti({ues de la Perse. Ces ra))prochements donnent à réfléchir. Le nom d' A^nithâlthii, ou Amida, est actuelle- ment beaucoup plus répandu en Chine (juc celui de JUjuddfia- Sakyamouni. (1).

En ce pays, le s\'^\%stiha s'est glissé jusque sur les })lus hum- bles objets de ménage. Voici le dessin exact d'une vulgaire

brosse, trois ,*-v,t:C—f.-^v -/.:,:.-;*•.■

py se dessinent .•.:.;:.ir«fî:. ...... ••î.r.. r; r??».. .iilll

en crins de cou- leur sur un fond uni : (fig. 20.).

riiiiimiHH'.iHiHniiimiuiiiniHHiiiiiiiniiiiiiiiurnmaTn

Fifj. 21.

Les femmes chinoises retiennent leur chignon avec une sorte de navette en ar- gent, ornée parfois de deux j^ émaillés en bleu foncé (fig. 21.).

Certains gâteaux, vendus sur la rue, portent ce py imprimé dans la pâte avant la cuisson.

J'ai trouvé, à l'étalage d'un brocan- teur de Nankin, bien achalandé en dinan- derie chinoise, un simple chandelier de laiton ainsi conçu : (fig. 22.). Le ^tusée Guimet en possède d'analogues.

J'ignore si c'était un ustensile réservé à des usages rituels ou domestiques. Il est curieux de le rapprocher d'une sorte de lustre ou suspension, dont on peut voir plusieurs spécimens dans la pagode boud- dhique de Long-hoa (|| ^) près Chang- hai, (fig. 23.).

Fia. 22.

(1) Cf. Eitel; Three lectures on bti(jl({hi)i))i, p. 97, Sonia, Patra, Tâla, Bôdkid ruina et Amithâbha.

Item; Handbook... aux mots

IcS

CROIX ET SWASTIKA,

^

r

Fi(jure 23.

I. LE Py SYMBOLIQUE. 1 î)

Sur les Concessions étrangères do la mOnw ville, siirnalons un

Fin. 24.

carreau ajouié en \K)i- caro, éniaillô en vert, et servant do grille à une bouche de soujji- rail. (lig. 2i.). On l'emploie aussi à for- mer, par juxlai osition et encastré dans la maçonnerie, des clai- res-voies très bien comprises. (1).

Voici une varian- te assez élégante du rb!. Je l'ai copic'e sur une enseigne japonai- se, longue planche verticale, hupiée en noir, (avec caractères cursifs en or), dont les quatre coins, renforcés en tôle, présentent chacun un ptj résultant de quatre T enchevêtrés, découpés dans la plaque même, avec assez d'ingéniosité, (fig. 25.). Par le même artiiice un double pt se détache dans les anses d'un Jnang-lou chinois, (fig. 20.).

Près de Nankin, au-dessus de l'entrée d'une maison neuve,

en dehors de la porte de T'ai-p' ing- }non i'J^^^f^), sur la p;irtie l'orniant lin- teau, ajiparait uni- cjuement un py ^^(" 10 centimètres dans un cadre, le tout en . . ^''•'^- ^^- ' relier, (fig. 27.).

Plus haut (p. 12.) nous avons mentionné que cet usage était en vigueur au Pendjab. En Egypte, c'était parfois la ])lace du signe I I (fig. 28.). Les Hébreux y ont mis le T mystérieux, figure ^t"" de la croix que les chrétiens devaient y installer (pielques Fitf.2S. siècles plus tard. (2).

Fir/. 25.

Fia. 27,

(1) On donne improprement ce nom (le ^yocfva-o à des terres-cuites à i)âte jaunâtre, très-nombreuses en Chine, à Ciiuse de leur resseniblauce avec la poterie fubri<iuce dans la ville portugaise de Boccaio. Hiiniide, la pâte a été moulée et parfois re- maniée à lébauch ir; parfois aussi on y reconnaît le trav-.iil du oiselet sur la terre séchée, avant la mise au four. (y. Petit Guide illustré du musée Ouimet. p. 219.

(2) A titre de ccnijaraison, nous deirsinons ici le Sru-astai/d. (fig. 29.) autre diagramme de bon augure pour le DJaïais/ne et le Vishjiouïsine. Les Fio

:?()

CHOIX KT tSWASTIKA,

Parmi los imagos poi)iilairos onluminôos, dont on fait une si active cons(pmmalion aux ai)proc'h('s du nouvel an chinois, il s'on vend une très caractéristicjue intitulée : g ^i| ^Ju i^ ki-sianij-

jou-i.

Au contre d'une couronne de fleurs, deux enfants, ou génies, descendent les marches d'un perron, sous un portique somptueux, qui rappelle les fonds d'architecture conventionnelle de nos vi- traux. Ces gracieux baml)ii.s fléchissent sous le i)oids d'un grand }/ur}i-})no d'or {jf^ '■^) plus gros ((u'eux, lingot fondu habituelle- ment en forme de sabot. Comme maints souliers dans les chemi- nées d'Europe la nuit de Noël, le yuon-});u) regorge des présents de la nouvelle année. On y distingue un jon-i (^p ^,) sorte de sceptre (1) dont le nom signilic «à vos souhaits, à votre gré»; des perles précieuses ; une branche de corail réi)uté de l)on augure en Chine comme sur certains rivages do la Méditer- ranée; — une paire de nœuds, rébus et calembour tout-à-la fois, éciuivalent de ((félicité,» un che-tse (^rfî ^) ou fruit rouge du diospyros kaki, enlin, deux grands jJî (fig. 30.) ainsi orientés, et complétant toute la série des bonheurs ou des l)énédictions que Ton ])uisse désirer pour soi ou souhaiter à au- trui. Nul ne peut donc s'y méprendre : les py sont ici des emblèmes de félicité. (2).

Le dessin suivant (fig. 31.) est calqué sur l'en-tête en rouge d'un registre ou cahier de com- ptes ; c'est encore un sigle de l)on augure et un rébus parlant, le rtî figure bien décidément avec son sens de

Fi'j. 30.

^

h

Fiyj. 32,

Chinois le trjuluisent par « Wt ki-siang "heureux présage." Sa disposition cruciforme est assez accentuée. Cf. Eital ; Haiidhook of Chiiiese biiddliism. L'art chinois de M. Paléologue, p. 229, l'appelle Ciie-li-molm (^ ^'J |"^ «Hj et le représente ainsi : (fig. 32.).

(1) 'Lq joa-i é lit adis un insigne de commandement. Le taoïs- me l'avait adopté comme une m:irque de puissance surnaturelle et superstitieuse. Il est devenu un simple objet profane, emblème dheureux présage, sans caractère officiel. Cf. Paléjlogue. Art chinois, jj. 299.

(2) Cet ensemble paraît être la transcription chinoise et graphique du .sapta ratna sanscrit et bouddhique, (scptem pretiusaj, "les sept joyaux." Les livres des bonzes en contiennent Ténumération ; mais l'identification est incertaine, ou contestée, pour plusieurs d'entre eux. Ce sont probablement : l'or, l'argent, le lajîis lazuli ou le jade verdâtre, le ciistal de roche, (la goutte d'eau pétrifiée pour 1.000 ans), les perles, l'agate, l'ambre, ou le rubis, etc.. Cf. Eitel; Handhook of chinesehtiddhism; \^. \2?t. La traduction chinoise du sapta ratna est T'si-pao '\t ^f .

I. Li: rb! SYMiJOLign:

21

Figure 31.

l'J

CROIX ET SWASTIKA.

bénédiction. Le carattère si compliqué du centre doit se décom- poser en quatre autres caractères :

5^ hoang = jaune, doré; ^ h in = Tor; ■^ wan = 10 000, ou le RJ ;

pg liang = taël, l'étalon (monnaie fictive) qui équivaut au poids d'une once d'argent.

Aussi, à Tentour, ressortent d'abord les deux py , assez clairs désormais pour le lecteur, reliés par quatre sai)è(|ues, le tout sur des yuen-pao, ling-ots d'or ou d'argent, avec le )^§ -^

hié-tse, qui signifie

nœud ; ces entrelacs

prennent souvent cet-

Fiu. 33. Fiy. 34. ^e forme : (fig. 33.

et 31.). En haut, l'effluve bouddhique, l'influence céleste de la pros- périté. Puis, la corbeille est intitulée : Tsiu-pao-p'en ^ *^ ^ «le vase qui renferme tous les trésors.» Le pourtour exhibe la devise alléchante et emphatique : Je tsin teou kin 0 ^ ^ «Il entre chaque jour un teou (boisseau) d'or. » En bas enfin on lit l'enseigne de la boutique de papeterie : K'ing long hao tche M r^. ^^ ^^ magasin de la grande félicité,» situé dans la rue de la Porte du Sud, Nan-men (^ P^), séjour du bonheur dans toute ville chinoise. Notons que cette porte s'appelle elle- même TsU'pao-men (|p^ ^ f^) «la porte très précieuse, la porte des trésors», auprès de laquelle s'élevait encore, il y a 30 ans, la fameuse Tour de Porcelaine, abattue par les Rebelles.

Le ptî s-'est si bien acclimaté en Chine qu'une maison russe de Batoum, qui y exporte du pétrole en concur- rence avec le pétrole américain, a cru bien faire en adoptant ce signe pour sa marque de commerce, trade mark, imprimée sur toutes les caisses. On y remarquera pourtant une légère modification, dont le type, du reste, n'est pas introuvable en Chine. (1). Les bras du rtj sont repliés à angle droit une se- conde fois. (fig. 35.). Les numismates recherchent des piai^tres, dollars, ou carolus, contrefaits sous l'Empereur Tao-koang jg ^ (1821-1850), pour la paie des soldats. Le fac-similé de ces pièces, inséré dans le travail de Wylïe : «Les monnaies de la dynastie actuelle», pré- sente trois Ptî . L'un, caractérisé par ces bras deux fois recour- bés, termine une inscription, en caractères sigillographiques, qui

Fin. 35.

(1) Cf. notamment infià p. 27 et 30. A Chang-hai, la maison Jardine, Matheson and C" imprime sur ses cotonnades un flacon orné des Pa-Koua entounint le ijanij et le yn.

I. LE py svMnoLiQui:. 23

entoure le Génie de la longévilé et indique l;i valeur de cette piastre. Les deux autres, au revers, ornent une sorl(; de vase entre des caractères mandchoux, qui nous apprennent que la inèce a été* fondue à Taiwan, dans l'île de Formose. (1). (fig. 3G.).

Fia. 3C.

TJne sapèque dessinée dans le 2*^ vol. du Kin-cJie-so (2) (^ ^ §^) montre encore le ptj, (fig. 37.) lequel figure ])resque toujours dans les conihinai- sgiis ornementales qui surchargent les piao- tse ^), coupures ou billets de banque, si usités en Chine.

A un autre ouvrage chinois de numis- matique indigène [T'sien tclie sin pien §^ jg ^ |g) nous emprunterons les quatre dessins de ces bizarres poinçons, qui ont servir, soit à la frappe des monnaies, soit à l'im- pression de billets, coupons, lettres de chan- ge, sur papier, étoffe ou cuir, soit plutôt à l'estampage en creux sur métal, du py ^^ ^^ quelque autre marque. On pourrait y voir également des sceaux, des timbres et des cachets. A première vue, on accordera difficilement à l'auteur de l'ou- vrage^ que ce sont «des monnaies russes ou mahométanes,

Fia. 37.

(1) '^ Coins of the Ta-ts'inf) di/nasti/, hy '^'ylie. Journal de li Soc. asial. de Chant/- hai. 1858-1859.

(2) Le ^/»-c/ie-.so, (Rec'.ierches sur les instruments en métal et en pierre), est un ouvrage d'archéologie peu ancien.

2\

CROIX KT SWASTIKA,

d'après les dires des marchands étrangers.» (I). (fig. 38).

Fil/. 38.

Mais c'est en vertu d'une ignorante méprise, moins d(Uileuse, que le Kin-che-so [^ ^ ^) insérant les lac-similé de cinq mé- dailles catholiques, les l'ait passer pour des monnaies européennes.

On aura sans doute remarqué que l'un des poinçons devait imprimer un Ptî irrégulier, pourvu d'un retour additionnel, (cf. suprh p. 2'2 ), si l'on peut se lier à l'exactitude du dessin an- nexé. (2).

J'ai lieu de croire que la forme ci-contre n'est qu'une variante ornementale, due au caprice in- ventif d'un architecte européen: (fig. 39.). Je n'ose l'assurer pourtant. C'est le résultat d'une construc- tion géouTétrique tellement simple qu'elle a pu être obtenue fortuitement.

Je ne la mentionne que pour mémoire, comme transition aussi avec le paragraphe qui va suivre.

Fin. 39.

(1) Voici le texte chinois : f^ >(j»

^. HJfc M W 0 ffl.W

S - M H î^ «. fi- 1: - PB H M «\ W S - M «. R '3.~ m ^ ^\m± -^ >P ffi) *J. ^ â^.^ H ^ w.fft ^ ffi » »f. S ia ^ iS A «f H.

(2) Le Po-Koa-Voii J^ D* "Figures d'un grand nombre d'antiquités" recueil da- tant des Sonri /^C (composé vers l'an 1200,) contient plusieurs reproductions d'objets ana- logues aux poinçons (?) à rt. i présentés à la suite de quelques cachets, et encore plus bizaiTes de forme. Cf, p. 16. L'ouvnige les donne comme d'anciennes monnaies en métal (étain, cviivre,) aussi vieilles que les bronzes des Césars de Rome. Après tout, les anti- ques sapèques en couteaux et lamelles des collections numismatiques laissent à cette attri- bution de monnaies une certaine vraisemblance. Le Fo-Iœu-t'oa été traduit en anglais, en 1851, ])ar P. Thoms. Cf. Bibliot. si/iica d'H. Covdier, i>. 294, Itc7n, Journal of the lioyal As. Soc. 1 et vol.

CHAPITRE II.

LE Ft! ELEMENT DECORATIF,

a <J I

§ I. LE FH ISOLE. Exemples pris en Chine. Passementerie, pierres et métaux.

§11. LE Flî COMBINE.

Exemples concrets. La «grecque» chinoise et japonaise. Méandres, damas et entrelacs.

CHAPITRE II.

LE Ft ELEMENT DECORATIF.

D'après quelques-uns des exemples cités précédemment, il est manifeste que le PK symbolique tendit promptement à devenir décoratif. L'étude même des monuments chinois nous amène donc à le considérer sous son aspect ornemental, isolé ou bien faisant partie d'un tout l'intention symbolique est moins sensible. Nous avouons que la distinction entre la croix gammée symbole et la croix gammée ornem,ent est plus théorique que réelle dans bien des cas, et, qu'en fait, une partie de notre dissertation em- piète et chevauche nécessairement sur l'autre. Mais, à cette dis- tinction notre travail gagnera un surcroît de clarté, et la classi- fication des divers types qui nous restent à étudier en sera d'au- tant plus aisée.

Aussi, pour obéir au même dessein, je subdivise encore cette partie en deux paragraphes. Dans le premier, § I, le pt se présente isolé, sans attaches, mais répété dans un système plus ou moins compliqué on lui a réservé un rôle prépondérant, jouant, pour ainsi dire, sa partie en sourdine dans une symphonie ornementale. Dans le 2®, § II, on le verra combiné, rattaché à une structure générale, relégué au second plan et n'ayant plus la valeur d'un motif intéressant par sa propre figuration. Au reste, les exemples parleront plus clairement que nos explications.

§1.

Nous empruntons notre premier spécimen à un crépissage de date fort récente. C'est celui du soubassement du kiosque de la grande cloche de Nankin, relevée en 1886. (1). Les bonzes taoïstes qui desservent la pagode annexée ont appelé les maçons du pays. Sans penser à mal, ceux-ci ont noirci l'enduit de ravalement des briques, puis, par-dessus, ont gratté cet enchevêtrement de lignes

(1) Nous donnons plus loin des détails complémentaires sur cette cloche qui nous intéresse à un autre titre. Pour le moment nous nous bornons à renvoyer à un excellent article paru à ce sujet dans les Etudes Reliffieuses, (N" d'Octobre 1888) et signé du R. P. Golombel S. J.

28

CROIX ET SWASTIKA.

blanches et de swasiikas. Les pèlerins et visiteurs, marchands, paysans ou lettrés, ne s'occupent pas plus de ces graffiti asiati- ques, en allumant leurs bâtonnets superstitieux sous la cloche, qu'ils ne raisonnent sens et la portée de leur culte envers ce fourreau de métal de 20.000 kilogrammes, transformé en ido- le. (1). C'est une simple variante, dans des dessins géométriques analogues, usités en pareille place. Les pagodes en fournissent tant d'exemples qu'ils ne sollicitent même plus le regard, (fig. 40.).

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^

X X X X X X X

Fig. 40.

Nous réunissons ici divers types de galons, de fabrication courante, les fl^ font tous les frais de décoration, et dont l'éco- nomie s'affiche assez d'elle-même. (fig. 41. A . B- . C . D .).

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Fig, 41.

(1) Elle mesure 7 mètres de circonférence et 4 m. 50 de hauteur.

II. LE py I^ÉCORATir

•29

Une urne déterrée à Bologne, en Italie, porte sur sa panse une double ceinture de y^, juxta- posés comme dans le galon de la figure B. {Cosmos 1887. p. 205.) (fig. 42.).

J'ai vu des chasubles ca- tholiques bordées de ce galon, et l'on me montre un fong-hoang {M* IIL phénix,) superbement brodé, qui le porte en collier.

Un autre galon beaucoup plus typique est celui qui pare le costume de guerre, (surtout ou cotte de mailles,?) des qua- tre mandarins militaires en mar- bre, qui gardent, à Nankin, les approches du tombeau de Hong- ou, le fondateur de la dynastie des Ming. (1368-1399). Cette passementerie est soigneusement sculptée en relief et contraste, par son fini, avec le dessin ridiculement médiocre de l'ensemble des personnages. Nous ignorons si, aux autres sépultures de Moukden et des environs de Pékin, le ^ s'accuse aussi nettement. Peut-être aurons-nous occasion de revenir dans un travail spécial sur les éléments décoratifs de cette bordure étrange, (fig. 43.).

Fiy. 42.

^ c=:) <3 <3e>

\(»

Fig. 43.

Plaçons ici deux y^, formant claire-voie à-jour dans la paroi de fer d'un grand hiang-lou j[j brûle-parfums), de la cour intérieure d'une pagode, (fig. 4i.). Cette ornementation se présente par- fois moins heureusement sur les dal- les de pierre, également ajourées, de certains p'ai-Zeou ()}$ ^) oU p'ai-fang (S^ J)J), et portiques commémoratifs semblables, (1) selon le type de ce panneau d'un autre hiang-lou de jp^^y 44

(1) Owen Jones, Grammaire de rOrnement, pi. XLV, a relevé cet ornement, ainsi

(li.si>o5;é, sur den monuniOTits pors;uis.

30

CHOIX ET SWASTIKA.

Nankin, la forme du py, légèrement altérée, semble singer

une large croix, (fig. 45.).

Dans la grande rue du Nan-men, à Nankin aussi, une grille en fonte de fer, d'un aspect semi-européen, agrémente le milieu de ses barreaux verticaux, trop grêles, par un lozange très allongé, s'agence assez bien un vrai rlf. (fig. 46.).

Un hoa-t'siang (:ff J|§), (mur en claire- voie,) de cette ville, nous apporte un type plus curieux qu'élégant; on a disposé les tui- les courbes, qui souvent composent ces claires-

Fiy. 46.

Fi{/. 47.

voies, au milieu d'un mur, de façon à leur faire supporter et en- cadrer un py occupant le centre d'un décor mal concerté. Un cercle reçoit sans peine un pentagone ; mais il faut violenter un carré, ou un lozange pour l'inscrire dans ce pentagone, (fig. 47.). Tout autre est l'aspect d'une belle pierre sculptée, couchée par terre, près de la mission catholique à Nankin, dans la grande rue conduisant du Han-si-men ^ W P^ ^ l'ancien Palais im- périal. Il est impossible d'en déterminer actuellement la prove- nance; les ruines sont si abondantes dans cette vi- eille capitale de la Chine, qui les respecte, hélas, si peu! (fig. 48.). Sur une illustration moins rudi- mentaire que la nôtre on admirerait comment l'ar- tiste a su varier et pon- dérer sa composition, en sauvegardant la symétrie

Fii/. 48. requise pour son œuvre.

II. LE rt DÉCORATIF.

31

Une potiche multicolore m'a fourni l'originale indication d'un î^ obtenu par la distribution mi- partie d'émail rose et d'émail vert, (fig. 49.).

On remarque souvent des se- mis réguliers sur des papiers, des étoffes^ des parois d'intérieur, des fonds quadrillés, selon le tracé sui- vant, pris sur l'envers d'une carte à jouer, de 25 millimètres sur 60. Cet usage rationnel d'en décorer ainsi le revers, est-ce une mode que l'Occident a imitée de l'Orient, ou réinventée à son tour? (fig. 50.).

Le couvercle d'un vieux vase à sacrifices du Po-kou-Vou montre exactement la même combinaison. Le Lou^king-t'ou 7^ ^^ @, recueil des illustrations correspondantes aux 6 livres canoniques, figure ainsi la paroi d'un autre vase rituel, (fig. 51.). Le îfj est

i

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J

'éM.

m

îM

Fig. 52.

Fig. 50. Fig. 51.

obtenu sur la carte ci-dessus par le même procédé que dans le

blason japonais de la page 14 : un carré à peine

entamé, (sur l'original que nous transposons,) par

quatre minces lignes blanches. Une autre famille

japonaise portait ce blason si caractéristique (fig. 52.)

analogue du fylfot ou de la roue-à-jambes de l'île de

Man. (1). (Cf. p. 12.).

Une troisième famille du Nippon arborait le blason, (fjg. 53.) dessin si commun en Chine, qui se retrouve, cousu en velours noir, sur les jambières de l'uniforme bleu-clair des soldats tartares, «hommes des ban- nières» k'i-jen "1^ J\^. C'est presque l'amulette en jade, gage de richesse, dont une sapèque, simple ou couplée, koU'laO't'sien "É"^ ^, constitue le thème

(1) Petit Guide illustré du Musée Guimet. p. 176.

Fig. 53.

3*2 CHOIX KT SWASTIKA.

sullisamment éloquent, (fig. 54.). J'insisterai de nouveau sur ce

fait que, dans beaucoup des spécimens déjà représentes, les croix gammées ne sont pas tracées dans leur sens habituel. Est-ce parce que l'auteur de la planche originale les a dessinés directement sur le bois à graver et ~Z. .^ dans leur vrai sens, sans prendre garde que

l'impression les retournerait ou les orienterait différemment? De plus savants répondront et décideront d'un point qui ne peut être établi que sur une quantité notable d'ob- servations. Nous inclinons à croire que les dessinateurs du Céleste Empire ne distinguent plus, s'ils ont jamais distingué.

Le plus nouveau des dictionnaires chinois à l'usage des eu- ropéens, celui de H. Giles (Shang-hai 1892,) prétend, avons-nous dit à la page 13, que le sauvastika fti «le signe de l'empreinte du pied de Bouddha, » ne doit pas être confondu avec le s'wastiha ou «marteau de Thor» qui a les branches tournées vers la droite. H. Giles n'explique pas sur quoi il base sa distinction; il n'admet pas, évidemment, que les populations des bords du Gange, grâce à leur parenté indo-germanique, aient jamais eu connaissance du marteau de Thor, le dieu Scandinave. Ces Scandinaves auraient-ils emprunté leur marteau aux Indes?

M. Tabbé Hamard écrivait déjà en 1887 : «Régulièrement, les crochets du swastika doivent être dirigés vers la droite ; quand ils ont une direction contraire, ils s'appellent proprement sauvas^ tika; on a beaucoup disserté sur l'origine et la véritable signifi- cation de ce signe. Ce qu'il y a de plus probable, c'est que, à l'origine, c'était un emblème du soleil lançant de toutes parts ses rayons, d'autant que dans les védas, le soleil est appelé une roue d'or ou une roue brillante. La roue elle-même a joué dans l'anti- quité, spécialement chez les Gaulois, le même rôle symbolique. Le swastika n'en diffère que par ses crochets qui ont pour but d'indiquer la direction du mouvement. On a pensé qu'ils indi- quaient soit le soleil du printemps, soit celui de l'automne, selon qu'ils étaient tournés à droite ou à gauche.» (1).

Pour contribuer à fournir les documents à l'aide desquels sera tranché peut-être ce différend, notons qu'au seuil, garni d'une lame de laiton, d'une boutique chinoise de Changhai, on a, par de gros clous en cuivre à tête ronde réalisé un système

(1) Cosmos. 1887. p. 204. En fait, les spécimens de la page suivante montrent presque tous des iri.

II. LE py i)K^:onATir.

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ovidcnimcnt syml)oliqiie de décoration, dont la croix constitue les éléments principaux. (1). (fig-. 55.).

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Fit/. 55.

Le semis composite de l'étoffe représentée au frontispice de l'ouvrage de Audsley, ( Kermnic art of Japnn) procède de la même pensée figurative, semble-t-il. (fig. 56.). Le ptl y est en noir; le reste en or sur fond noir aussi. Quant aux deux autres signes qui alternent, on y lira peut-être le caractère k'eou P, bouche et le caractère i g,, ou bien encore ki 2*- Audsley n'indique pas la provenance de ce morceau sinico-japonais ; il nous manciue donc un des éléments qui pourraient mettre sur la voie d'une explica- tion plausible.

Signalons la planche XIV du même ouvrage, (hg. 57.). L'é- toffe qui recouvre rétagère, supportant le vase reproduit, se pré- sente avec plus de netteté et offre moins de complications : 3 lignes droites se croisant normalement et emprisonnant des pt!. répétés dans chacun des carrés de ce treillis. Le système n'est autre, en dernière analyse, que celui de nos graffiti nankinois, insérés à la page 28.

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Fi(^. 56.

Fig. 57.

(1) lie format de ce livre nous oblige h la figurer en deux lignes. Dans la seconde, la Chauve-souris forme le rébus usuel, basé sur ce fait que le son chinois fou signifie à la fois cet animal et le honheur. Ce genre de calembour, auquel se prêtent admirablement les quelques centaines de monosyllabes de la langue chinoise, est des plus communs. Le seuil représenté a plusieui's mètres de longueur.

3\ CROIX ET SWASTIKA.

§ n.

Audsloy nous fournira encore le début de ce paragraphe et son lien avec le précédent. Nous avons à relever, on s'en sou- vient, quelques exemples le py n'est plus isolé, (quoique ré- pété), mais relié, rattaché, combiné avec un ensemble dont il forme partie intégrante, sinon princi})ale. Car il ne faut pas ou- blier que, dans un système décoratif de cette sorte, l'attention se portant de préférence et exclusivement sur un motif, en change, à son gré et tour à tour, le sens subjectif et par conséquent aussi la signification suggestive. En vertu de ce travail de transposi- tion arbitraire, les formes principales peuvent devenir subor- données.

Appliquant même cette théorie au py , si nous voulons dé- composer, analyser, disséquer la croix gammée, nous la trou- verons formée d'une croix -f- i et de quatre lignes parallèles deux à deux, s'embranchant à angle droit sur chacun des bras de la croix. Ou bien si l'on préfère s'en rapporter au nom même de croix gammée, c'est, avons-nous dit, la disposition dans un ordre particulier de quatre gammas, opposés par la tête autour d'un point central.

Or, dans les exemples empruntés soit à Audsley, soit à cer- tains monuments originaux, la présence du pt! est-elle formelle ou simplement matérielle? Est-elle voulue, intentionnelle, ou simple- ment accidentelle? N'y doit-on signaler qu'un croisement, une intersection, un raccord, un artifice commode ou ingénieux pour relier symétriquement deux motifs de mouvement contrarié?

Owen Jones (1), estime que l'ornement grec était un orne- ment inférieur, en tant que système, vu qu'à ses yeux l'art est symbolique par essence. Les ornements chinois, entrait le ptf originairement symbolique, pourraient peut-être se prévaloir au moins de cet avantage sur les rinceaux, les volutes et arabesques de l'ornementation hellénique ou gréco-romaine. On objectera que l'art classique contenait aussi les éléments du pb! dans la a grecque)). Mais, cela fût-il exact, le ptj y était-il autre chose, avons-nous demandé, que le résultat d'une rencontre fortuite, le fruit d'un renversement d'allure, d'un échange de direction, un cas d'aiguillage sur une autre voie, comme cela se pratique par nos ornemanistes modernes? Les yeux des Grecs le saisissaient- ils par sa signification figurative? Etaient-ils capables de l'isoler dans ce système décoratif, purement géométrique, imaginé par

(1) Grammaire de l" Ornement.

II. LK ptî DKCORATIF.

ri

Fiy. 58.

le désir d'innover, de varier, ou l)ien rencontré par un chanceux hasard, (fig. 58.) ou encore trouvé sous bénéfice d'inventaire parmi le lot, l'héritage des

traditions venues des ancê- _^...^_-^ __

très, lesquels n'avaient i)as ^-|-|

su lui garantir à jamais sa valeur représentative?

Il est vrai qu'on objectera de nouveau : vos Chinois eux-mêmes sont-ils plus aptes que les Grecs et les Romains à l'elfort d'intelligence, requis ])Our analyser, élaguer, dégager le symbole, le motif i)rin- cipal, parmi l'encombrement des accessoires? Ainsi, nous venons au concret, dans l'exemple sinico- japonais (fig. 59.) est-ce le ft| qui est le motif prin- cipal, on bien l'espèce de croisé écossais qui le re- çoit? Libre à chacun de répondre comme il lui plaira. La discussion de ce puéril problème serait de mince profit; mieux vaut soumettre à l'examen du lecteur quel- ques-uns des plus saillants exemples sur lesquels s'engagerait le débat.

On pourrait les répartir en plusieurs catégories. La première comprendrait ceux du type des figures GO et 61, le py résulte, par construction, du simple croisement des lignes, sans être le but Fi<j. nu.

spécial du dessinateur.

Dans la deuxième catégorie on rangerait les exemples les rt) entrent en composition avec les lignes droites. Deux sections subdiviseraient cette dernière catégorie : la première comprenant

1

Fig. 60.

Fio. (il.

30

CROIX KT SWAS'I'IKA.

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S

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F\q. 0:

uniqiKMnont dos angles droits, ((ig. 62. et G3.); Taiilro, des an- gles aigus et obtus, (fig. Gi.).

Le système liguré ei-eon- tre et analysé plus haut s'ex- écute avec plus de richesse encore, comme le montre un des rares blocs de marbre blanc, ({ui subsistent, à Nan- kin, de la décoration ])rimi- tive du tombeau de lloni)- ou, le fondateur de la dynas- tie des Mimj. Nombre de ((chinoiseries» exploitent cet- te combinaison. C'est un mo- tif répété à foison dans les })la({ues de cérami([ue grise que les sculpteurs indigènes se plaisent à ciseler, en re- lief, en creux, ou à jour; c'est également un des thè- mes préférés qui ornent les chaussures d'étoffe, les co- tonnades imprimées, les sa- tins, les tafïetas et les ve- lours estami)és, tissés en noir ou en couleur pour hal)iller les élégants. Il présente une ressource décorative tou- te indiquée quand il s'agit d'égayer une paroi nue, un ravalement, un champ uni, un fond dépourvu de sail- lies. (1).

Aussi, M. Audsley ne craint-il pas de l'appeler (de méandre japonais par excel- lence». Or, les Japonais le tiennent probablement des Chinois. Car l'auteur exagè- re, à notre avis, en affir- mant^ dans son Introduc- tion, que les Japonais trouvèrent peu à prendre chez les Chinois,

Fia. G3.

±i</. bi.

(1) Je l'ai rencontré souvent, dans la région de Nankin, ressortant en argent sur la plateforme des lourds étriers et sur les larges boutons en fer damasquinés du harnaclie- nieut des mules, chevaux et ânes.

II. LE rtî DKCOIIATII'.

37

ajmj^jmj^

FLg. 65.

I5I51SIS1S1S1Î

Fig. m.

Il est plus heureux, croyons-nous, quand il fait observer que le fret (méandre) ou zigzag^ est une des caractéristiques de l'art ornemental à l'origine des ])euj)les. Pourtant, à moins de mettre la Chine hors de cause, nous ne partageons qu'imi)arfaitement sa manière de voir sur le point suivant : «L'art grec, dit-il, compte plus de variétés de méandres (fret) que l'art japonais; et, à notre

connaissance, on ne trouve jamais dans ce dernier la forme carrée continue, si commune dans le premier. La fig. I de la pi. II, (lig. 65.) prise sur un j)lat de porcelaine, est celle qui s'en rapproche le l)lus. On verra, par com- paraison avec la gra- vure ci-jointe (fig. 66.), que l'amour de la variété a engagé l'artiste à se départir de la division carrée, sévère et uniforme, du modèle grec, pour ado})ter une division de parties longues et hautes alternées. La ligne qui forme le dessin est continue, comme chez les Grecs; ce qui rend l'exemple intéressant, car les grecques en lignes ininterrompues

sont rares dans l'art japonais. La figure "2, (fig. 07.) représente lui e des formes les plus fréquentes. On pourrait l'appeler une grecque oblongue et dis- continue, chaque partie étant parfaitement dis- tincte... La figure 3. (fig. 68.) est un autre exemi)le de méandre in- terrompu. » (1). Ces remarques ne sauraient s*appliquer sans réserves à lart chinois. Dans ce dernier, la répartition régulière de la grecque en carrés parfaits n'est pas rare; de nombreux exemjiles pour- raient être apportés à l'appui de cette assertion, mais on les tirerait principalement d'anciens objets en métal, en céramique et en marbre.

Nous accordons toutefois que le dessinateur chinois de nos jours allonge le plus habitu(^llement en rectangles la partition

Fia. 67.

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1

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Fig. (SS.

(1) G. Audsley. Keramk art of Japon. Londoti. 1881, p. 8.

;i8

CROIX ET SWASTIKA.

carrée do sa grecque

indigène.

^1

L'exemple suivant comi)lètera noire pensée : (fig. 69.) Il est réduit de moi- tié d'après l'original : le bord supérieur d'un hiang-lou (brûle-parfums) en marbre blanc, mal- beureusement mutilé, qui

git à Nankin dans un coin

Fiy. 09.

des ruines du tombeau des Ming. Sur la panse s'enroulent de belles sculptures de dra- gons impériaux : rare et intéressant témoin de Tbabileté techni- que des praticiens chinois, au début du XV" siècle !

Les mêmes ruines nous conservent une grecque plus étirée encore ; elle se développe sur le dos des quatre mandarins civils en marbre grisâtre qui gardent depuis cinq siècles les abords de la tombe impériale. Leur uniforme oificiel est en effet couvert de broderies finement et scrupuleusement sculptées en relief, avec

les moindres détails

lj]

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Fia. 70.

du costume manda- rinat d'alors. Ce motif, tracé d'un pinceau bien souvent très sûr, à main le- vée, orne d'innom- brables potiches en porcelaine, (fig. 70.). Un vase plus vulgaire et bien plus ancien, trouvé dans la République de San Salvador, offre une combinaison rudimentaire

dont l'effet optique est presque le même. (1). Elle passerait sans pei- ne pour un ornement chinois : (fig. 71.).

Une boîte coréenne en fer, que j'ai eue entre les mains, fournit cette décoration damasquinée sur son couvercle in- crusté d'argent : (fig. 72.). Un médaillon cen- tral y montre le carac- tère cheou modifié se- lon l'usage courant.

ÊJfËllÊlIÊllBÊlEJE

Fig. 71.

(1) Cf. La Nature. 14 nov. 1891.

II. LE ptî DÉCORATIF.

M)

Aux exemples de méandres continus, qu'Audslcv prétend si rares au Japon, nous ajoutons ee niotif cliinois, omettant les vari- antes peu compliquées, qui essaient d'en rompre la monotonie :

(fiir. 73.). C'est

une des orne-

7 / /-y /"T-/ i^-Zy r^ / rn ri7 EL mf-ntalions ha-

l)iluelles des

Fiu. 73.

ai^Bij^

zones de rac- cord sur ces hauts brûle-parfums, d'allure monumentale, (|ui ornent les cours de pagodes, et dont l'étude, étendue à la Chine entière, serait si fructueuse. Toute une classe de méan- dres s'y adapte aus- si à des partitions triangulaires, selon ce type copié dans

le Ou-miao (|^ }^) de i^Vi/. 74.

Nankin, (fig. 74.).

Nous compléterons ces données, un peu épisodi(iues, par ces réflexions empruntées à Owen Jones : « Les méandres chinois sont moins parfaits que tous ceux dont nous avons parlé. (Grecs, celtes, arabes, mauresques, etc.,). De môme que les méandres grecs, ils sont formés de lignes perpendiculaires et horizontales, qui s'entrecoupent, mais ils n'ont pas la même régularité, et le méandre est plus généralement allongé dans une direction hori- zontale. Ils forment d'ailleurs le plus souvent des méandres bri- sés, c. à. d., qu'il y a la répétition constante de la même frette placée à côté l'une de l'autre, ou l'une au-dessous de l'autre, sans qu'elle forme un méandre continu.» (I).

On entrevoit notre réponse : ce sont de justes obs rvations ; toutefois il nous semble hasardeux d'atïirmer que « les méandres chinois sont moins parfaits» que les autres. Leur tracé est tout aussi élégant, tout aussi varié, tout aussi heureusement adapté à la surface à décorer, surtout quand le py J domine. A ces mé- rites, les Chinois ont ajouté, nous le verrons, celui d'ajourer ])ar- fois leurs méandres, de les édifier, d'en faire des balustrades, des membres utiles de la construction, non de purs ornements rapportés, appliqués par superfétation.

Nous groupons dans deux planches plusieurs des grecques, chinoises ou autres, éparses en divers ouvrages européens, ou copiées d'après nature, choisissant les plus typiques, avec celles le rtj se rencontre mieux accusé. A l'aide de ces motifs, le lecteur établira plusieurs comparaisons utiles. Il se souviendra

(1) Grammaire de VOrnement, y. 35.

\0

CHOIX Kr SWASriKA.

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aussi que plus d'un peintre, plus d'un architecte moderne, séduit par leur grand ctïot décoratif, s'est contenté de reproduire telle frise à s\K'astihas, ombrés et ligures parfois avec leur déformation pcrsi)ective. (1). (lig. 75. 70.).

Il va sans dire que cette grecque, si souvent nommée, est en réalité le lei-\^en des Chinois, ('^H 35;;). Et nous nous en occupons ici un peu i)lus longuement; car ])lusieurs de nos faux plf ne sont dûs, croyons-nous, (ju'à des variations sur ce thème original de la grecque, que Ton devrait i)lus justement ai)peler une chinoise, si l'on en croyait les habitants du Céleste Em])ire, tellement ils la considèrent comme i)arliculière à leur art indigène.

Eug. Flandin, dans son Voyage en Mésopotamie (2), mentionne des grecques sur des monuments de cette région, grecques qui seraient ainsi d'origine ninirite. Il est vrai que M. Terrien de la Couperie émet une opinion quelque peu dilïérente : «Le prin- cipal ornement de l'art chinois, dit-il, est une sorte de grecque ou ))ièn}}dre.. . (jui semble congér.ial avec le goût chinois... Ils l'appellent le yuu-Iei-ouen g f| 3J[, «l'ornement du tonnerre et des nuages.» Ils expliquent (juil dérive de quelc(ue ancien symbole signifiant le tonnerre.» On nous le i)rouve juir plusieurs textes chinois. «Bien que nous puissions refuser d'admettre cette expli- cation, il nous faut avouer que la grecque peut être originaire de Chine; puisque c'est une forme si simple qu'elle s'est présentée plusieurs fois indépendamment et spontanément un peu partout.» Nous avons appliqué cette observation au pt auquel elle convient a fortiori. (3). «Il est assez curieux de remarquer que la grecque est presque inconnue dans l'art ussyro-babylonien ; mais qu'on la rencontre souvent dans l'ancienne Egypte, en Judée, à Ilissarlik, en Grèce, et aussi, sous une forme recourbée, sur des bronzes primitifs du Danemark.» (i).

Millin d'abord (5), Pauthier ensuite, ont attiré l'attention sur ces ressemblances entre des arts si différents. A propos d'un vase contemporain de la Guerre de Troie, (6) ils suggèrent, avec

(1) Dans ces deux planches, les numéros I. II. V. sont pompéiens; VI. VIL X. XIV. XVI. XVII. grecs; III. VIII. IX. XI. XII. XIII. XV. XIX. XX. chinois; XVIII. vient du Yucatan, et le IV. est à la fois persan et chinois.

(2) Cf. Le Tour du Monde. 18G1. semestra ; p. 78.

(3) Plus justement encore elle s'applique à la croix, ornement plus simple que la grecque et le uZ , dont elle est le point de déi>art à tous deux. Maspéro {L'Archéologie éiiiqytienne •^. 281, fig. 201), prouve, par Un exemple frappant, que la croix était un des éléments de Y Ornementation courante en Egypte. Sans grands frais d'érudition, on pour- rait étendre la preuve à tjute l'antiquité.

(4) Oriiiia from Bahylonia and Elam of thc carly Chinese civilisation. i>. 188.

(5) Cf. également, de Millin; Atlas d'un voyage dans le midi de la France. Imprimé en 1807. Une mosaïque encadrant le combat de Thésée et du Minotaure, (trouvée à Aix en 1700), est composée d'entrelacs que Von dirait chinois.

(6) Pauthier; Chine moderne T. I. p. 205.

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quelquos I)()nnes observations do drlail, plusicni's explications bizarres, excusables pourtant chez ^[iIlin. \ ii l'(''lal des rechcrclies ai'chéologiques à son époque. [Monumcnls nnliqui-s iurdits T ] p. 13->).

Peut-être serait-ce ici le cas de })roduir(î ccilains li(fn-l.'<i:uHf (ift ÎIÈ)' "^^ii*s à compartiments ajourés^ ces j^ résultent du hasard seul de la construction, ordonnée à un autre but, ou bien du caprice du maçon qui les a combinés. Les modèles en sont des plus variés; en admirant la soui)lesse et rimj)révu du dessin de ces claires-voies, on se prend à souhaiter que rarchil(;cture européenne s'en approprie plus souvent les ressources charmantes et presque infinies. Les découpages de certaines fenêtres gréco- byzantines, les entrelacs persans et mauresques à jour, des vi- trages à la mise en plomb un peu lourde, les meneaux fleuris du style gothique flamboyant et Renaissance, mais, avec plus d'évi- dence encore, certaines œuvres chinoises elles-mêmes, montrent l'heureux parti décoratif qu'on en pourrait tirer. Si la place ne nous faisait défaut, nous nous arrêterions spécialement à cel- les de ces claires-voies l'œil arrive, sans grand eftort, à dé- couvrir notre croix gammée. De même, dans ce découpage ajouré en bois, si souvent exécuté par tout menuisier en Chine, les vi- des, (les c/air.s en langage techni- que), figurent des croix grec- ques, tandis que les pleins des- 2,.,v, sinent des py. (fig. 77.).

Les dessins de nom- breuses tapisseries anti- ques, conservés grâce aux bas-reliefs exhumés à Nim- roud, ne sont pas sans analogie avec certaines combinaisons chinoises.

Quelques-uns des car- reaux d'une étoiîe à com- partiments, donnée par le Wen miao se tien W'ao ^ M %^ ^ ^ comme pro- venant du tribut d'anciens rois vassaux du FiLs du ciel, sont ornés du pU (fig. 78.). Fi,,. 7s.

W CHOIX KT SWASriKA.

Lii Chine a encore employé les dessins géométriques de co style pour former certains entrelacs, tracés en briques émaillées sur de larges parois revêtues de faïences multicolores. Je citerai comme spécimen les murs extérieurs du pavillon du tombeau de Yonp-lo ;^< ^JJI, [Che-san-ling + ^ F^J , près T'chang-p'ing-tcheou ^ ^j'H. au Nord de Pékin), et j'en ai trouvé des traces à la sé})ul- ture de son père, Hong-ou, à Nankin. C'est, on le sait, une tradi- tion assyro-chaldéenne, devenue indo-chinoise, recueillie et con- tinuée par l'art persan. Aussi, verra-t-on sans trop d'étonnement la croix gammée se détacher décorativement sur le fût du minaret de Souk-el-Gazel, magnifique production de l'art iranien du XII® siècle. (1).

(1) Cf. Le Tour du Monde. 1885. l^r semestre, p. 159. "La Perse, la Chaldée et la Susiane, " par Jane Dieulafoy.

Item, .année 1886, l**" semestre, p. 93. et p. 101. Plusieurs des dessins persans (v. g. sur le Minaret de Chouster), s'identifieraient avec certains motifs sinico-japonais.

C'est le cas aussi de la décoration, constellée de croix latines, de la façade du" tombeau de Midas en Phrygie.

CHAPITRE III.

CONSTRUCTIONS ET Ftî

Ebénisterie et menuiserie. Claires-voies et balustrades. Architecture.

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CHAPITRE III.

CONSTRUCTIONS ET ftJ

Une «'uilre particularité des constructions du Céleste Empire, ce sont ces enchevêtrements de bâtonnets, de barreaux, de min- ces tringlettes en bois, analogues en menuiserie à ce que les hoa-tsiang (^ JH) sont en maçonnerie. Si la plupart sont con- çus d'après le système asymétrique et bizarre, qui est une des caractéristiques populaires de l'art chinois, (fig. 79.) et qui semble parfois rappeler le jontoiement réticulé ou craquelé des murs en pierres meulières, (fig. 80, 80 bis), nous en avons le ptf se dessine aussi, (fig. 81.).

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Voici une figure représentant un pavillon fort ancien, d'après le Lou-king-tou /^ J§i H, (illustration des G livres canoniques)^ avec deux exemples de ces curieux motifs. Dans celui de l'étage supérieur, le j^ semble à jour, ou bien obtenu soit par de la pein-

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CHOIX ET SWASTIKA.

ture, soit par des applications de céramique en couleur. La ba- lustrade de Tétage inférieur est au contraire une claire-voie, dont les barreaux, d'un dessin très contourné, mais encore de mode actuellement, forment par leur intersection deux py bien ac- centués, en place honorable, et voulus sans conteste, au moins comme ornement, (lig. 82.).

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Fia. 82.

Les rt! du haut, (comme ceux de l'étoffe de tribut, suprà p. 43.) sont orientés vers la droite; pas plus que précédemment, je n'en tirerai ici de conclusion positive, interprétant cette par- ticularité comme une distraction de dessinateur, ou un cas de non-retournement de la gravure pour l'impression, si l'orientation du rt! n'est, en soi, chose parfaitement indifférente. (Cf. p. 16.).

Disons toutefois que le dessin de la balustrade inférieure est incomplet : construite, elle manquerait de solidité. Au reste, ces dessins n'offrent aucune garantie d'authenticité; nous les donnons uniquement comme spécimen du goût chinois moderne. Une preuve entre dix. c'est la présence de ces angles de toits si re-

III. CONSTUUC'llONS ET flf . 'i'J

courbés : d'anciens dessins, d'anciens monuments, (v. g. les bas- reliefs de Kia-siang-hien ^ jj^ 0,, au Chnn-torif), et le pat^odin en pierre de Si-hia-chan, près Nankin), démentent la vérité de ces détails architectoniques^ relativement récents en Chine. Ainsi, nos critiques d'exégèse et d'archéologie sacrée restituaient na- guère, en style de Vignole, le temple de Jérusalem et son mobi- lier liturgique, décrits par Moïse.

Il y a donc profit à transcrire ici une très judicieuse remar- que de Biot, applicable à d'innombrables illustrations originales tirées des ouvrages chinois : «Ces figures, dit-il à propos de des- sins extraits de l'édition impériale du Tcheou-li (]^ jpg), ces figures ne doivent être employées qu'avec le correctif d'une criti- que prudente. Leur premier défaut, c'est d'être postérieures au texte de beaucoup de siècles. Elles expriment donc les opinions, les conjectures des antiquaires chinois, plutôt que des objets réels.» (1).

Rien à ajouter à ces lignes. Elles expliqueront au lecteur pourquoi, aux dessins fournis par les recueils indigènes d'anti- quité chinoise, nous avons préféré, sans contester la valeur rela- tive de ces derniers, la reproduction directe des objets eux-mê- mes, toutes les fois que nous l'avons jugée praticable.

Je ne détaillerai pas longuement ces assemblages compliqués de frêle menuiserie, soutenant et emprisonnant les écailles de placunes, qui laissent filtrer la lumière du sud dans les T'ing ^ ou salles d'architecture chinoise. Il y aurait pourtant à y glaner d'heureux motifs. Le Japon a exagéré, avec moins de raison en- core, ce goût de l'asymétrie dans les combinaisons de ses cabinets de laque et d'ébénisterie; il en a même abusé, sans mesure, jus- qu'au plus ridicule enfantillage.

C'est du même système aussi, et en vertu des exigences du même style, que procèdent les dessins de ces lan-kan f^ ^ ou balustrades, que les Chinois prodiguent le long des corridors qui réunissent ou bordent les pièces principales, ou bien qui forment les garde-fous des promenoirs, galeries et vérandas, aux di- vers étages des Kiosques et tours de pagodes. L'ingéniosité in- ventive et patiente des ouvriers chinois, laquelle triomphe si bien dans le détail, n'a pas dédaigné cette occasion de varier à l'envi les combinaisons géométriques de ces capricieux panneaux à jour. Le revers de la médaille est que ces claires-voies, cette grêle menuiserie, ces balustrades à assemblages multiples et hors de saison, accentuent encore le caractère éphémère, et ruineux par avance, des constructions de la Chine, relativement si indigente en anciens monuments.

(1) "Le Tcheou-li ou Rites des Tc/icon, traduction d'Edouard Biot. Paris, 1851." p. 601.

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Il n'y a pas à s'y nu'i)i(Mulrc, voici bien un py, dont ragence- ment symétrique compose presque à lui seul les diverses sections de la balustrade minuscule d'un baut hiai^g-loH § ^ ou brûle- parfums, vi- sible encore r^T " -^ t^. H r!> r^^-: ^ r^ à la pagode du T-che)}tj- hOciiKj mi no

la cité de Cbang-bai. (fig\ 83.).

Le spécimen suivant constituerait peut-être ce que j'appellerais un faux i^ij. (fig. 8i.) faux, dans l'intention du dessinateur, au sens expliqué précé- 2r,v/ 84.

demment.

En debors de sa disposition bien curieuse, il olïre un sérieux intérêt par sa provenance; c'est un des singuliers ornements, en relief, que Ton voit sur un seul côté de la cloche en fer, suspen- due sous le vestibule de la Pagode Militaire, Ou-miao ^ffi' ^ l'est du Pé-ki-ko :[[; gi ^1], à Nankin.

Cette cloche est de fabrication récente. Mais on n'ignore pas que, pour établir leurs moules, les fondeurs chinois.se contentent aujourd'hui de faire des surmoulagcs d'anciens bronzes et qu'ils conservent religieusement, pour leurs objets rituels, des galbes déjà vieux au temps de Confucius. Au reste, ce motif paraît aussi dans certains panneaux à jour d'ustensiles en fer.

Je n'hésite guère à rapprocher ce méandre d'un ornement de la même famille tracé sur l'orbe d'un vase grec très ancien, en or. L'art chinois, étudié plus à fond, réserve et fournira d'autres surprises. (1). (fig. 85.).

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Fi</. 85.

Le py, en dehors de sa valeur symbolique et alors même qu'il ne serait pas la résultante fortuite du tracé de lignes aven-

(1) Les arts du métal, p. 24. Album jiaru chez Kouam. Paris 1890.

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III. CONSTllUCTIONS El rt . .'il

tureuses, a tenter de bonne heure rornonianisU,' chinois en quête de motifs singuliers, par sa structure bizarre, dcscquilibrée, symétrique et asymétrique à la fois. Je n'ai pas îi dire qu(;l parti l'art sinico-japonais a su tirer de cette asymétrie, trop vite désap- prise par notre art moderne pseudo-classique. Ce qui caractérise en efîet le py, c'est certainement, (i)lut6t que sa croix centrale), la présence de ses bras rei)liés à angles droits, de ses quatre gammas tournant dans le même sens. Or ce gamma se trouve implicitement dans un grand nombre des conceptions de l'ornement chinois, qui, dédaignant les harmonieuses volutes, les floraisons cadencées et la souplesse un i)eu banale des enroulements ioniques ou corinthiens, de l'art occidental, leur préfère les retours brisés, cassés. abruptes, dont on voit ci-contre une des composantes typiques principales, (fig. 86.).

Appliqué au ptl, le procédé a donné sans etïort rorncment (fig. 87.). Nous accumulons à la suite, sans beaucoup d'ordre, quelques spécimens, soit de balustrades ré- elles ou figurées, soit de galons et encadrements usuels. Un grand nombre reproduisent d'une façon schématique des types de balustrades observées dans la ville de Chang-hai, on les y compterait par milliers, comme dans toute agglomération chinoise, distribuées en panneaux limités, ou bien en longueurs indé- finies, (fig. 88. page 52 ).

On voit que parfois le thème adopté dérive plutôt de la grec- que continue, (fig. 89.), bien que plusieurs des combinaisons, isolant les rt deux par deux, ne semblent guère s'y ratta- cher, (fig. 90.).

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Pour éviter l'excès des classidcations arbitraires, nous ne

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CHOIX ET SWASTIKA.

Fia. 88

III. CONSTRUCTIONS ET pt!

53

ferons pas un groupe à part d'une série qu'on sulxliv iserait volon- tiers, comme ci-dessus, en motifs rattachés, et en motifs géminés et renversés, (fig. 91.).

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Fi(j. 91.

Cette particularité se rencontre dans les petites balustrades en céramique délicatement exécutées au-dessus des i)orl('s d'en- trée des maisons. On en fait aussi des bordures de cadre. Ce n'est qu'une variante de cette autre balustrade copiée aussi sur un de ces dessus de portes ornementées, (fig. 92.). Nous avons pré-

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venu plus haut que nous ne figurions ici que des réductions schématiques; l'aspect vrai, et meilleur, serait celui de ce frag- ment, (fig. 93.), dont l'original est en bronze. Plus tranché est le groupe, qui comprend des méandres des éléments, en partie iden- tiques aux précédents, se combinent d'une façon analogue, avec cette difïérence que, tous les angles restant droits, l'ensemble des motifs s'oiïre à l'œil oblique- ment, (fig. 94, 95 et 96.). Cette inclinaison à 45"^ des axes principaux

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CROIX ET SWASTIKA.

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donne naissance, par un eiïet d'opti- que très connu, à des sensations visuelles tout autres et produit, en général, un décor moins pauvre d'as- pect. Tel est le cas de ce panneau carré, laqué or et rouge, et formant une robuste balustrade, (fig. 97.).

Nous avons dit que les angles restaient droits : la règle n'est pas inexorable, et de sa violation résulte le modèle suivant dont l'économie est très saisissable : les axes hori- zontaux n'ont pas varié ; seuls, les axes verticaux, demeurant parallèles, se sont inclinés sur la gauche, (fig. 98.).

Fi(/. 97.

Fig, 98.

On ne saurait analyser les principales formes de ces Icin-kan (tfl W' balustrades), sans signaler un motif des plus chinois qui en occupe le plus souvent le centre et auquel le py ne sert parfois que d'accessoire, d'encadrement. Ce motif central c'est le Jii ^-, «joie», modifié et régularisé selon la forme ornementale du caractère. Il nous intéresserait, sans aucun doute, par la forme cruciale qu'il afïecte ordinairement. Nous y reviendrons un peu plus loin, (cf. p. 67). Il se prête admirablement par sa distribu- tion symétrique et en dehors de sa signification littéraire et litté-

m. CONSTULCTIONS ET ft! . .'>.")

raie («heureux augure, joie, réjouissance»), au rôle décoratif qu'on lui réserve en celle occurrence.

C'est une pratique, du reste, usitée en Chine que de; concré- tiser, pour ainsi dire, certains carac- tères plus populaires. Ainsi le caractère /<>tt jjîg, bonheur, répété à satiété dans rornementation du Céleste Empire, suf- fit à remplir, sans trop se déformer, le panneau latéral d'un lit chinois que j'ai sous les yeux. (fig*. 99.). Parfois aussi portes et fenêtres en gar- nissent leurs frêles châssis.

On trouve à acheter des théières qui ont la forme de cheou ^ « lonçié- vite)); mais il est difficile de réaliser une adaption pratique plus malheureuse

d'un souhait théorique, si tentant pour maint indigène, qui borne ses désirs aux félicités palpables de la vie présente! (1).

Le mur ruiné d'une ancienne pagode, à quelques kilomètres de Tchen-kiang, dans le site pittoresque connu des étrangers sous le nom de Bungiilo\<\ conserve le travail, délicatement sculpté sur céramique, dont nous donnons ci-dessous un croquis. Ce sont des py en réseaux, sur lesquels on a jeté le caractère fou ^g, ((bonheur», symétriquement répété, (fig. 100.). L'ordre et la

Fi'j. 90.

Fia. 100.

(1) Cf. Paléologue. L'Art duiiois; \\ 151, 101.

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CHOIX KT SWASTIKA.

t'anlaisie s'y allient dans une niesuiv i)loine de goût. En bordure s'allonge une sorte de large frise, sur laquelle se recoquillent des feuilles d'acanthe ou d'arliehaut, d'une opulente floraison, improvi- sées librement, avec un brio digne de certains acrotères grecs.

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CHAPITRE IV.

LITURGIE ET ASCETES

§ I. Exorcismes. Vases rituels h croix. Caractères cruciformes et autres. La croix dans le système monétaire chinois. Galons avec py

§ II. Ta-mo est-il S. Thomas? Son culte au Se~t'choan et sa croix. Croix au Tibet. Le patriarche Dharma. Jiso sauveur d'âmes.

§ III. Tchang Tao-ling, V^ pontife des Taoïstes. Liou Toiig-ping et son épée. La SUwang-mou et la reine de Saba.

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CHAPITRE IV.

LITURGIE ET ASCÈTES.

§ I.

Nous avons dit : le rtJ contient implicitement, et comme partie principale, un signe géométrique qui est la croix +. A diverses reprises, des auteurs, des voyageurs, des missionnaires, ont donc émis cette opinion que, dans un grand nombre de cas, le rt, employé symboliquement^ n'est peut-être que le signe dé- généré de la croix; et que, par contre, la croix, reconnue sur d'autres monuments relativement modernes, ou signalée sur plusieurs objets d'art ou de culte, peut n'être aussi qu'un ptl mal interprété, incomplet, ou intentionnellement transformé.

Au témoignage du P. de Prémare (1) «dans l'ancien livre Tcheoii-li (|^ jg), il s'agit de chasser le malin esprit : si tu veux, dit le texte, te délivrer de lui, prends deux morceaux de bois, place-les en forme de croix au moyen de l'ivoire; i)uis jette- la dans l'eau, et le malin esprit ne pourra plus te nuire». L'au- teur de cette citation fait remarquer que, par ce rite d'incanta- tion ou d'exorcisme^ on atteignait, d'après les commentateurs chinois, les quatre points cardinaux : le Nord et le Sud, par le

(1) De Prémare, VestU/es des principaux dogmes chrétiens... (Canton, 172.^). Etlité pour la première fois par M. Bonnetty. 1878. p. 2'47. Nous n'avons gar.le d'accepter aveuglément toutes les conclusions, tous les raiiproclicments, ni même toutes les traduc- tions de l'érudit auteur, dont les desiderata, en ces matières, sont bien connus.

Une bienveillante collaboration nous vaut la bonne fortune de pouvoir offrir au lecteur, (Appendice A, à la fin du volume), une discussion consciencieuse ù-propos d'un prétendu texte chinois nous révélant que Boanrf-ti, l'un des plus anciens pei-sonnages de l'histoire, aurait "joint ensemble deux morceaux de bois en forme de croix, afin d'honorer le Très-haut". Bien que la réfutation de ce fragment ait déjà occupé la critique, celle- ci reconnaîtra que le R. P. Havret n'a pas pris une peine superflue eu nous communiquant le fruit de ses recherches sur ce point.

Le texte allégué, extrait des Annales de philos, chrétienne (XII. p. 45S) avait motivé cette réplique assez vive de Ms«- de Harlez : "Le nom même de Hoany-ti ou tout autre nom du même souverain est entièrement absent du Shou-king, comme du Shiking, et de tous les anciens livres de la Chine, dont les auteurs n'ont pas l'air de soupçonner son existence".

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CHOIX ET SWASTIKA.

trait vertical, l'Est ot l'Ouest, par le trait horizontal. Il ajoute que LieoH-eul-tclii, auteur chrétien, adirme que, sur les anciens vases, au lieu des trois caractères t'sai ;j«*, hin Ç, et <sai |J, on mettait toujours une croix».

Si ces renseignements sont exacts, cette croix, légèrement modifiée, a pu, dans certains cas à déterminer, donner naissance au py. Les symboles, de forme si voisine, ont i)U s'échanger l'un pour l'autre en Extrême-Orient, selon la pratique que nous avons vue temporairement en vigueur dans les Catacombes, (siiprà p. 8).

Personne ne niera, du reste, que quand on dessine une croix horizontalement, avec la main, au-dessus d'un objet, comme on le fait dans maint rite religieux, le signe formé peut se confon- dre, pour l'œil que le suit, avec le tracé du ptj. Les sacrifica- teurs de la liturgie gréco-romaine, comme les sorciers du gri- moire chinois, pouvaient dessiner, au gré des spectateurs, l'un ou l'autre de ces signes en «atteignant», de leur geste rituel, chacun des quatre points cardinaux.

Du Halde avait déjà résumé ainsi divers renseignements fournis par les missionnaires : «Il reste encore des traces de la Religion de la croix, et c'est une tradition que cette figure -j- a la vertu d'empêcher les maléfices». [Description do lu Chine. T. III. p. G't).

La croix ligure tout au moii s comme ornement sur plus d'un objet chinois. En voici trois exemples bien explicites et très caractérisés, que j'ai relevés à Nankin.

L'une de ces croix est répétée quatre fois en relief sur une grande cloche de fer de la pagode de Ki-ming-se ^ P,^ ^ qui, à l'est du Pé-ki-ho ft >(î|i ^, domine l'amorce de l'ancien rempart des Song. Elle mesure 6^ de hauteur, (fig. 101.). La cloche porte de larges caractères dévanagari, accompagnés de leur figuration en caractères chinois.

La seconde croix est copiée sur le beau soubassement de marbre blanc qui supporte la statue de Koan-yn, dans la pagode de Koan~yn-se J^ ■^, à l'est du tombeau des Ming. Cette croix, de 10^ de diamètre, d'un

relief très accentué et d'une très fine exécution, se détache trois fois sur ce soubassement, elle occupe une place importan- te. (1). (fig. 102.).

La troisième croix, haute d'environ 40 centimètres, peinte en noir sur fond blanc, est prise sur le piédestal d'une vitrine

Fi(/. 101.

(1) Dans la dernière partie de ce trav.iil, nous aurons à reparler de cette pagode.

IV. LiTiiuiii: i:t ascktes. «il

à poussah, faisant, face au nord, dans le prcmifr t^in'j ^ d en-

trée de la même pagode. Chacun des bras de cette croix porte le caractère cheou ^ «longue vie», (flg. 103.).

Inutile d'in- sister davantage sur ces exemples authentiques, fa- ciles à multi- plier. Je me per- mets seulement de clore la série par le croquis ci- après : le cher- cheur y compte- ra sans peine huit croix et huit rlf, parfaitement

Fit/. 102.

Fio. 103.

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CHOIX ET SWASTIKA

tracés. C'est un dessin obtenu i>;u' le croisement des brins do cordelettes, (en fibres de clia- mcereps)^ sur le cadre for- mant le fond horizontal d'un lit chinois. (lig.

104.).

Ces croix or- nementales se distinguent à première vue de types très différents, la disposition cruciforme se rencontre aus- si, sans présen- ter autre cho- se que la dis- tribution géo- métrique de deux lignes se recoupant au centre à angles droits.

Etudions cette nouvelle classe de signes. Les dessinateurs chinois, de toutes les industries utilitaires ou d'art décoratif, s'ingénient, depuis des siècles, à ornemaniser, sous une forme symétri({ue, plusieurs de leurs caractères^ devenus dès lors et tout à la fois : symboles, ornements, devises et talismans. Nous ne croyons pas oiseux d'en fournir quelques exemples, des plus habituels^ la croix se démêle avec si peu de peine, que des critiques, (non des pires), s'y sont mépris, croyant y saisir quel- que vestige indiscutable de christianisme. En fait et actuelle- ment, bien qu'il soit imprudent de nier la part d'influence possi- ble, probable parfois, de ce dernier, ce ne sont le plus souvent que de fnusses croix. (1).

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(1) Quoi qu'une certaine critique en écrive de nos jours, les anciens missionnaires n'étaient i^as unanimes dans l'interprétation outrée de ces Vestiges du christianisme. Rap- pelons que l'ouvrage du P. de Prémare S. J. n'a pas été publié par la Compagnie de Jésus. (Cf. supià p. 3). Nous copions un alinéa des Mémoires concernant les Chinois (T. I. p. 149 et seq.) priant le lecteur de ne pas perdre de vue, en parcourant la suite de notre travail, les quelques remarques consignées dans cette page : "De bons missionnaires,

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Fii/. 105.

L'un de CCS types, l'on a prétendu Irouvn- unr- iï'^un: cruciale, a frappé le P. de Maillac, qui, dans son Histoire de Chine (1), le reproduit sous cette forme : (fig. 105.).

Ce serait le caractère Fou (f^), brodé anciennement sur les habits de cérémonie. «Le caractère Fo, disait l'Empereur Chun (^ 2.221 av. J.-C.) est un symbole du discernement que l'on doit avoir du bien et du mal». D'après une autre planche, l'Empereur, monté sur son char impérial, porte encore ce caractère brodé sur le de- vant de sa robe, comme aussi plusieurs des officiers de sa cour. Il orne également une sorte de tablier circulaire s'attachant aux reins, et porté par Hoang-ti (^ ^ 2.600 av. J.-C.) inventeur des habits de céré- monies et de sacrifices. On le retrouve en- fin jusque sur le drap mortuaire des funé- railles impériales, (fig. 106.).

Un seul volume du Lou-king-t'oii -^ J:§ ^, «illustration (graphique) des 6 livres canoniques», présente passim une ving- taine de personnages en pied, revêtus de cette robe ainsi ornée, sous les dynasties à peine historiques des Tcheou ^, (1122) des

Fio. 106.

qui avaient porté en Chine plus d'esprit que de discernement, plus de piété que de critique,... décidaient sans façon que c'étaient { le C/eoM-Ai>?</, le Chi-king, le Ll-ki, etc.), des livres, sinon d'avant le déluge, du moins de peu de temps après; que ces livres n'avaient aucun rapport avec notre Histoire (de Chine), et qu'il fallait les entendre dans un sens purement mystique et allégoxique, typique et figixratif. En conséquence, ils y trouvaient des choses merveilleuses, des prophéties en bon nombre, et des symboles du règne spirituel du Messie, qu'ils prouvaient très bien avoir été connu, espéré et attendu dans les beaux jours de la Dynastie des Tcheou... Le pas est encore plus glissant pour de bons missionnaires que le zèle dévore et qui arrivent d'Europe avec le préjugé général que le soleil éclaire l'Occident de tout son disque et ne laisse tomber sur le reste de l'Univers que le rebut de ses rayons..." I/auteur avoue que la suite des études de cea "Figuristes" pour prouver leur système "a été très utile à ceux-mèmes qu'il a le plus égarés,... leur facilita la prédication de l'Evangile, et finit par les désabuser eux-mêmes et les mettre en état de faire remarque^ aux Lettrés néophytes les traces sensibles de la Religion et de la Révélation qui brillent dans tous les King"\ Ces extraits sont tirés de l'article intitulé Antiquité des Chinois, du P. Martial Cibot (1727-1780), enterré

à Pékin.

(1) Histoire générale de la Chine, d'après le Tong-kien-kang-mou, par le P. de MojTa de Maillac. T. I. pp. 27, 118, 336. Le P. de Maillac, en 1660, mourut en 1748. Son Histoire fut publiée par Grosier, qui eut tort de la modifier trop souvent. Au dire d'Henri Cordier, le manuscrit est h la Bibliothèque Nationale.

(il

ciioix r/r sanastika.

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m

m

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T'.^in ^, C^iO) et des Ilnn }^, (— ?()() + ?-2:?). W rahl)é Ansaiill avait reproduit i>{)Ui' 1< s besoins de sa thèse la « Porte et Irise du temple aztèque, (aiU'ien >[exi(iue), à rKxposition luiiverselle de 1889)). (1). ^[ettant hors de cause l'exaetitude de cette reslilution,

et cette assertion do l'auteur de l'arliele : lu frise de ce temple

présente ui)e

multitude de ^IIIZIZIIZ^ZIZII3I^^II^ZZZZ^I^n^^^^ZI^ croix latines,

nous ferons remarquer que le motif niexi- ciiin est tout aussi bien chi- nois, (fiu". 107.)

Le motif d'un vieux vase de broijize, dessin un peu barbare du Kin-che-so ^ Ç 5^;, pourrait passer pour une variante de celle (•om])inaison cruciale, les croix sont assez saillantes. (lig-. 108. \

liU

151

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M

Ficj. 107.

^^^7r==r7i^^^^^^^

Fùj. 108.

Plus curieuse encore est la plaque de métal dessinée au re- vers de la même page. C'est une sorte d'écumoire, de passoire, ou bien un couvercle perforé de \ ase rituel ; la fumée de l'encens ou les vapeurs des parfums et des mets passaient par ces cinq ouvertures en croix, (fig. 109.).

Le caractère che -p, 10, dut être également, par sa for- me cruciale, l'occasion de plus d'une erreur sur l'interprétation de son vrai sens. On a prétendu que les anciennes monnaies de la Chine portaient la croix. «Marco Paulo remarque dans son récit que les monnaies de la Chine portent une croix et l'histoire

(1) Le C orna pondu Ht ; 25 Oct. 1889. p. 2G5.

Fin. 10:i.

IV. i,riTiu;iK i:r ascètes.

des monnaies de iEm))iro, que je raijporto do nu-n \()\i\<sf firme l'assertion du célèl)re X^énilien», dit Marchai (de Lunéville), dans les AiDiiilcii de PliiloH. chréiienup. 18.")3 p. 152. Est-ce exact? a-t-on confondu avec elle le pt, dont nous avons cité plus haut quelques exemples? (p. 23). Est-ce le chiffre -f- qui a usurj)é cet honneur de passer pour une croix? 11 n'est pas rare, on le sail, dans la numismatique de la Chine, (sa nu- mération est basée sur le système décimal), comme en témoignent les fac-similé ci-joints. Le lecteur aura sous les yeux le point de départ, le prétexte probable de cette erreur, (fig. 110.). Les sapèques les moins ancien- ne s sont mar- quées de ce chiffre; isolé, il joue assez bien, pour les non-initiés, le rôle d'une faus- se croix.

De grandes sai)è([ues, va- lant dix peti- tes, i)oi-tent na- turellement ce dernier chiffre en vedette. (1). (fig. 111.).^

Tiie sa]iè- que de moyen- ne grandeur et assez frubte est

♦J.'j

(■on

F la. 110.

Fin. 111.

(1) Cf. Coi)is of thc proinit <1y)i((x1ll of Clù)>((, />>/ S.W. lîushdl "SI. 1). Joinvaf <>/ t/if N. C. D. of thc Royal Askd. Soc. 18S0. New seiits. N" XV. p. 11)5 d .voy. lig. l-^ô.

\)

66

CHOIX ET SWASTIKA.

ainsi figurée dans le second volume du King-che'fio. (fig. 112.)

Le revers d'une autre grande sapèque (datant de 1621) olîre encore ce chitïre 10 cruciforme, sans aucun autre signe.

(1). (lig. 113.)-

Joseph Hager, dans un travail sur les médailles chinoises, donne le dessin d'une monnaie (actuellement à Paris), que le P. Amyot faisait remonter aux Tclieou^ soit à plus de 2.000 ans, mais qui serait du pre- mier siècle de notre ère. Le signe de la croix latine, valant 10, y occupe une place des

tôt

Fit/. 112.

plus notoires. (2)

Fiç. 113.

Au lieu de copier la figure de son ouvrage, nous jugeons préférable de puiser directement à une source indigène beaucoup plus riche, c. à. d. au King-che-so même. Le second volume nous présente, avec de courtes légendes, une quinzaine de ces figures,

(1) Ce fac-similé est calqué à la page 7 du 17* kiuen de l'ouvrage chinois

lis»

On pouna remarquer dans la notice explicative l'expression tano che ^ 'V -> littéralement "vaUnt 10". S :^ ^> :^ 8! îS 0. SC X ^s ï ^ II « ^ +. «■ W. t 1=- ;^ ^. ffl II iî:, BJ fil è ^ H B^B

*i. -fô S 1 % ^ m ^< ^,m R^^ j> m -m n^^ m ^

B ;fc ^^ ^ P «. 75 tS ^ :^v J. if ». a JK: w « ^n.

wn ^ mjn ^ m >h ^ m.iii ^ m % m ^^.^^ ti^ m t. m.

(2) "" Description des médailles chinoises du Cabinet impérial de France, par Joseph Hager. Paris. Imprim. impériale, 1805".

IV. LITIIUWFC ET ASCKTfcS. liT

(sapèques ou moules), \)ixvnù lesquelles il ftous est loisible de choisir.

F

E

I D

Au eommencenient de son règne (0 22 i\]). J. C), Tui-urpaleur Wniui Mninj J ^ fit Tondre une série de monnaies en cuivre mélangé d'étain dont voici cinq spécimens différents, (fig. 114.).

L'une d'elles (fig. A.) porte sur sa face l'inscription horizontale J. + (Ja-che «cin- quante», et, en ligne verticale, les CATSiV- ières ^^Ta-t'siiœn «Grande monnaie». (1).

La lig. B. porte les caractères 0 ( = ) -f- Se-che «quarante» et J|f ^ Tclioanff- t'siuen «Forte monnaie».

La fig. C. ^ -f- San-che «trente» et f}^ ^ Tchong-Vsiuen «Moyenne monnaie».

La fîg. D. ^ -f- Eul-clie «vingt» et £jj| ^ Yeou-f'siuen «Médiocre monnaie».

Enfin la fig. E. porte - -f- l-clie «dix» et ^^ ^ yao-t'siuen «Petite monnaie».

Une pièce encore plus réduite, (fig. F.) portant les caractères J|[ Tclœ i «valant un» et >J^ ^ Siao-l'siuen, servait d'unité

B

Fig. 114.

monétaire. La fig. 115 en reproduit la forme d'après un moule dont le dessin se trouve, ainsi que celui des figures précédentes, dans le volume du King-che-so.

(1) Le revers de cette pièce représente le soleil, la lune et les sept étoiles de lu constellation boréale.

G8

CROIX ET SWASTIKA.

Fiff. 115.

N'avions-nous pas rai- son d'écrire que la croix latine, (en réalité le chil- IVe X), n'est })oint chose rare dans la numismati- que chinoise? Il ne sau- rait être de médaillicu' bien pourvu qui ne le con- tienne plusieurs lois. En quelque sorte, la Chine, comme le Portugal, au- rait ses «cruzades».

Nous retrouvons ce si- gne 10, presque aussi isolé, dans plus d'un fac- similé; en feuilletant tel recueil de monnaies, on découvre même qu'une

croix de S. André, ayant la valeur de quatre unités, surmonte deux caractères mandchoux, au revers d'une sapèque de moyen module. (1). (fig. 116.). Croix grecque, croix latine et croix de S. André ornent donc bien «les monnaies de la Chine» ; mais on sait en quel sens cette aiïîr- mation est exacte.

Dans une promenade à travers les carac- tères chinois, l'œil se trouve souvent sollicité à reconnaître de pareilles fam^ses croix. Peut-on les désigner autrement dans ces trois Koii- wen ("^ '^) (anciens caractères en forme d'hi- éroglyphes), insérés par le P. Amyot à la fin du Tome I des Mémoires concernant les Chinois?

(fig. 117.)-

A ces cons- tatations un peu puériles

de ressemblances par à peu près, on pourrait joindre la forme anti- que (fig. 118.) et la forme actuel- le "iJf , que Dumoutier compare aux signes égyptiens, (fig. 119.). Elle Fiij. 118. paraît former le ho-tree, l'arbre de Bouddha, l'arbre sacré, qui sert de vignette à l'ouvrage de George Moore. (Cf. supvk p. 16).

C> © ^ ffl

Fig. 117.

Fig. 116.

f*)

Ô

9 ?

Fig. 119

(1) La croix oblique est l'abi-égé du chiffre E3 quatre.

IV. LITLIU^IK i:r ASCKTKS,

(?.)

m

Des vases de porcelaine sont uniquement (l«'(or<'S de pies In -^- , fou jjig , ovi chooa :J , de eouleur, ju\la))Osés et du haut en bas, parfois en relie!", sur le ])lanc de l'émail

Sur le pourtour de la bobine d'un gland de soie très allong'é, trois «rZ/eou ^ » s'(în- lèvent vigoureusement en teinte claire, (iig. 120.). Dans un assortiment de passemen- terie ou mercerie indigène, plusieurs vari- antes de galons chinois, vus à Nankin, oCfrent ces alternances originales : (fig. 121, 122, 123.).

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/•/'/, 120.

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Fin. 121.

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Fif/. 122.

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d- T J. T

Fig. 123.

^Assez fréquemment le py est le motif principal, comme dans telle étotTe, recouvrant un soulier de la dernière mode, ce si- gne ressort et résulte en blanc.

Un nieou-yeou-che ^ ^ Ç , pierre sonore admise dans certains orchestres chinois, af- fecte la forme du caractère

m ^. (fig. 124.).

Le voici, plus fourni et plus décoré^ sculpté en relief au pignon d'un mur de chaque

côté d'une porte. (fig. 125.). Fia. 124. Fia. 125.

]

70

CHOIX KT SWASTIKA.

Beaucoup de chandeliers eu celaine, se rapprochent de ce galbe, autant que le permet la destination mê- me de l'objet, (fig. 12G). Ce qui explique la pré- dilection générale pour cette forme, c'est que le sens de ce caractère HL est se réjouir. Aucun n'est plus populaire en Chine. Un jour chaque année, à Nankin, on le porte en chaise mandarinale, escor- té de toute la garnison militaire, à travers toute la ville, de yameii en y.i- men; sorti le matin, il ne rentre que le soir et sa promenade est l'occasion d'un festival de premier ordre. Or des lampes de pagode, ainsi que des mil- liers d'ustensiles profa- nes, le montrent sous sa forme ornementale qui admet de nombreuses mo- difications, (fig. 127, 128, 129.).

étain, en cuivre, voire même en por-

Fig, 127.

±=t

Fig, 126.

Fig. 128.

i

^^ gg i-

±±.

M n

Fig. 129.

Autour du thème suivant, (d'une valeur purement symboli-

IV. LITURGIE ET ASCÈTES. 71

que, à vrai-dire), (fig. 130. et 131.) les variations abondent.

Fiij. 1:^0. Fiy. 131.

Gravé et doré, il paraît souvent à la tcte des cercueils chinois, (fig. 132.). L'usage est d*y faire figurer un motif décoratif, per- sonnage, symbole, ou scène pittoresque, qui atteint parfois un certain degré de richesse. Les chrétiens le remplacent habituelle- ment par le chiffre de N.S. et de la S. Vierge, et modifient légè- rement ces caractères ornemanisés, pour les transformer en croix réelles, si ces ornements passent pour superstitieux.

Le spécimen de la figure 133, copié aussi chez des menui- siers de Nankin, montrera que cette transformation en symbole chrétien est des plus aisées. Nous ne donnons que la partie cen- trale de l'ornementation, souvent assez élégante, sculptée en léger relief, dorée sur fond rouge, plusieurs détails ressortant en or vert. Ce motif ressenil)le vaguement aux croix de consécration,

Fin. 133.

peintes sur les piliers de certaines églises polychromées. Parfois les barres transversales et verticales, plus nombreuses, font pen- ser à une déformation, à un reste des linéaments incompris de notre IIIS, ou Chrisme symbolique. D'autres variantes y joignent

7;> CHOIX i;i' S\\ ASriKA.

deux crramls py ; mais un mocIcUmU in'iMupècho d'en fournir le. dessin conscionfiiMix.

,1e n'ai quà l)aisser les yeux pour reneontnM- le earactère choou ^ ainsi l)ro(lé sur le velours de mes souliers iiulii>'>nes. (Qg. 13 'i.). .l'ai sur ma lal)le une Feuille im- }>rimée en rouu'e, daprès une pier- re seulpice, (jui porte en titre : (( Les cent manières d'écrire le ca- ractère cheoii ».

L'enCa lillage ciiinois s'y est donné libre carrière pour pai'faire la centaine; ])lusieurs de ces idéo- o-ranunes, alTectant une disposition

Fi(j. 134.

Fi'>. 135.

IV. LITURGIE ET ASCETES.

i:\

Fi'j, 136.

symétrique, pourraient compter pour de fausses croix. Le sou- bassement en pierres de la façade du Club du Kiang-si, [Kiangsi hoel-

koan ÛC W # SI), i^ Nankin, montre, gravé en relief, cet étrange ar- ranorement de croix et de fy , au milieu d'une or- nementation exubérante, (fig. 135.). Dans la figu- re 136 prise sur une po- tiche moderne, nous avons en outre un ex- emple de 5 fortuits peut-être, dûs à un croi- sement de lignes. Une base d'autel bouddhique, tout récent, de la petite pagode nankinoise de Si- fang-se W 1^ ^ i nous fournit ce dessin : (fig. 137.) Au même endroit, j'ai relevé ce tracé moins simple : (fig. 138.).

Je pourrais allonger encore la série de ces croix travesties ou plutôt de ces signes crucifor- mes. Le profit serait douteux. Ainsi dans un assez vaste ensemble de fenétrages à comparti- ments récemment exécuté à l'intérieur d'un Guildhall, [hoei- koan ^ ^f , maison de ville, club, hôtel d'une corporation), de Changhai, la croix fortuite ^ se détache plusieurs fois, parfaitement isolée du reste. Toutefois, il n'existe là, comme dans une foule de cas, qu'une relation purement graphique et matérielle, avec le symbole du Chrislianisme. C'est affaire de simple coïncidence; les menuisiers auraient certes évité cette forme s'ils avaient cru qu'on i)ouvait y soupçon- ner une croix véritable.

Je doute, jusqu'à preuve du contraire, que le hasard seul doive intervenir dans une autre série de croix, de forme non équivoque, bien certainement voulue, fondues en relief sur bon nombre de vases liturgiques.

Les recueils chinois, à défaut des collections privées et publi-

10

Fig. 137.

Fia. 138.

7i CROIX ET SWASTIKA.

ques, offrent des suites de ces bronzes et vases rituels sufTisam- ment classés pour guider l'amateur parmi ces mille profils, gal- bes et formes, si typiques, la fantaisie s'est donné carrière, évitant presque toujours la vulgarité. Même pris à part, les motifs d'ornementation qui les couvrent mériteraient une étude détaillée, riche en surprises pour qui oserait l'entreprendre.

Parmi ces motifs, nous ne nous attacherons qu'aux ornements cruciformes. Le P. Cibot, présentant une planche, que nous compléterons en recourant aux dessins originaux, écrivait : «Ces vases sont remarquables par les croix clairement tracées qu'on y voit. J'en ai trouvé plusieurs autres de cette forme, avec des croix dont les Chinois ne disent rien; cependant, comme ces vases étaient pour les sacrifices, et que ce sont les seuls l'on trouve des croix, il n'est pas croyable que ce soit un pur hasard. Com- me ils n'ont aucune inscription, je ne voudrais pas garantir qu'ils fussent aussi anciens que le dit l'antiquaire chinois; (Dynastie des Chang 1^ , 1766-1122); peut-être ne remontent-ils que jusqu'à Hnnx%, (—206 + 221), ou même au T^ang g. (618-907).)) (1). A la page 64 nous avons parlé d'un vase orné de croix (fig. 108); ajoutons que sur l'anse on remarque ce signe ^jf, si fréquent dans l'art Scythe, éginétique, étrusque ou perse primitif. Les figures 139, 110, 141, 142 nous fourniront les types principaux de ces va- ses rituels, (nous en connaissons une trentaine d'exemples), la croix occupe une place tellement honorable, qu'on serait tenté de la comparer avec la disposition de la croix, inscrite aussi, bien en vue, sur le pied du calice de la Messe catholique. Elle y indi- que la partie que le Prêtre célébrant doit garder tournée par devers soi; peut-être la croix des vases chinois, au cas elle est unique, remplissait-elle une fonction analogue. (2).

Ces objets liturgiques, ainsi marqués de la croix^ ont exister en bien grande quantité, et être d'un usage bien commun, puisque les seuls recueils Lou-king-t^ou aC î^ H. Kin-che-so ^ Ç ^, et Po-koU'Vou tu "É" H i^ous en conservent vingt-six dessins différents. Sur ces dessins, (c. à. d. sur la face antérieure

(1) Lettre de Pékin sur le (ténie de la langue chinoise par un Père (le P. Cibot) de la C" de Jésus, missionnaire à Pékin. Bruxelles, de Boubers, 1773. La dernière phrase de la citation est à méditer : "peut-être ne remontent ils que jusqu'à... etc." C'est insinuer qu'ils sont probablement postérieurs à l'ère chrétienne.

(2) Le v:ise de la figure 139 est accompagné de cette légende explicative ;

15 :ft. tJ-v §5 £ -^ A n 11 55. Tf r ^. ^ -t -â-, t: -

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IV. LITURGIE ET ASCETES.

Fig. 139.

70

CROIX ET SWASTIKA.

Fig. 140.

IV. LITURGIE ET ASCÈTES.

Fig. 141.

78

CROIX ET SWASTIKA.

Fig. 142.

IV. LITURGIE ET ASCÈTES,

70

du vase regardant le public), quatre vases portent trois croix Habituellement, la croix, unique ou trois fois répétée, se voit vers le bas, entre ou sur deux anneaux encerclant le vase au- dessous de ce que nous appellerions le nœud du calice, car notre' calice eucharistique a eu cette forme. Toutefois, une' disposition contraire, quoique très rare, se remarque aussi. (1). (Cf. fio 143 )

Fig. 143.

(1) Le Po-lou-t'ou, (ouvrage en livres, reiiforjnnnt i-lus dv «KK) gravures) a

80

CHOIX ET 8\VASTIKA.

A la vue de plusieurs des croix des pages précédentes, le lecteur a pu s'écrier : «Mais ce n'est pas notre croix! telle et telle est un ornement; celle-là est fortuite; celle-ci n'en est que le travestissement; telle autre est un simple décor géométrique!» Est-il bien sûr, })ourtant, que dans iiitcun cas on ne peut signa- ler, sans témérité, le moindre rapport symbolique ou ornemeulal avec notre croix?... Dans l'impossibilité nous sommes de trancher cette question, assez complexe, et qui ne sera résolue, si elle doit l'être jamais, que pièces en main, à l'aide de longues recherches archéologiques et ethnographiques, contentons-nous de mettre sous les yeux du critique quelques données, pouvant servir, soit à mieux poser le problème, soit à en préparer la solution, sauf à le compliquer provisoirement.

îi II.

Parmi les traditions qui ont, sur ce point, le plus intrigué, sinon dérouté la sagacité des historiens ou des sinologues, se })]ace sans contredit au premier rang celle qui a trait à Tamo ^ 8 (I), le personnage réel ou légendaire, venu jadis du Sud- Ouest en Chine préchant une religion étrangère.

Au dire de John Kesson, les Annales chinoises témoignent que «pendant la l'' année, appelée K'ai-yupn ^ 7C (^n 719 apr. J.-C), le roi de Fou-lin ou Ta-t'sin ^ ^ P'^y^i tribut à l'em- j)ereur Iliuen-tsong '^ ^ et lui envoya un prêtre d'une grande vertu, appelé Tn-mou-tou^ (corruption peut-être du nom de Thomas), très savant dans les sciences mathématiques.» (2).

Naguère encore, le voyageur anglais Colborne Baber, au retour d'une exploration au Se-t^clioan pg )\\ , consignait les lignes suivantes. Outre les documents nouveaux qu'elles appor- tent, elles résument une grande partie de ce débat d'histoire religieuse : «De temps en temps on a publié de vagues rensei- gnements sur une secte chinoise qui adore une divinité appelée Tamo, et regarde la croix comme un svmbole reliorieux. C'est cette histoire qui a conduit les missionnaires catholiques romains

inspire le travail "A dissertation on the ancient Chinese Vases of the Shanfj dynasty, from 1743 to 1496 li.C. London 18.^1". L'auteur, P.P. Thonis, ne fait pas même allusion, senible-t-il, à ces vases lituels à croix, bien qu'il reproduise un certain nombre des figures originales, regravées par un chinois pour sa publication.

(1) On trouve nussi d îis les ouvrages bouddhiques : ^ H™ ,7|iijt Ta-li-tuo, ou encore Tavnl-mo-iié ft M ft BP. ( Kitel, pag. 43 et 181).

(2j Tlic Ciosd and the Dra[:<jii, London. 1854.

IV. LITURGIE ET ASCÈTES.

81

à identifier Tamo avec S. Thomas, et à accepter comme prouvée la tradition sur la visite de cet Apôtre en Chine. D'aulru part, le Tamo du bouddhisme est, si je ne me trompe, un i»atriarche bien authenti(iue, qui vint en Chine au VP Siècle. 11 était donc vraiment curieux de découvrir dans ce temple une ima- ge sculptée de cet Apôtre, du Chris- tianisme ou du bouddhisme, le re- produisant avec des traits hindous bien caractérisés, le teint foncé, surtout avec une croix latine sur la poitrine. Voici un croquis som- maire de ce sym- bole, qui est scul- pté en relief dans l'original et colorié jr^f,^ 144

en rouge, (fig. 14i.)

Les images de Tamo sont nombreuses dans les temples du Su-tchuen, et il est presque toujours, je pourrais, je crois, m'aventurer à dire toujours, représenté avec la figure noire, ou très-brune. Je n'ai jamais entendu parler d'un autre cas d'un portrait de Tamo portant une croix». (1).

Nous croyons pourtant qu'il s'en trouve, car l'auteur a raison d'énumérer parmi les caractéristiques de cette secte, «qu'elle regarde la croix comme un symbole religieux». Les mission- naires du Se-f'c/ioan pourraient sans doute en fournir la prouve péremptoire. Rappelons que le pt est spécialement le symbole ou emblème de Dharma. (2).

Dans un récent voyage au même mont Omi, le Rd Virgil C. Hart signale aussi «une statue de Tamo, le dernier des Patri- arches indiens qui vinrent en Chine. Il est prestement troussé, avec la chevelure, la barbiche, la moustache et les sourcils tout

(1) Eoyal Geogr. Society. { Sapplementary papers; Vol. I. part I.) Traveh and Researckcs in Western China. By. E. Colborne Baber. London. 1882. Bien que ce Tamo ait la peau noire ou foncée, l'endroit s'appelle pourtant Pé-foii-se H f^ "^. "ïo sanctuaire du Bouddha blanc." Ce nom lui vient d'une autre particularité.

(2) On a dit que les Vestales portaient à leur collier "un einb'ème cruciforme, réminiscence du Fc hindou." Revue d'Ethnographie. Juillet Ac-ùt 1885.

M

82 CROIX ET SWASTIKA.

bleus». (1). Les idoles bouddhi(iues à cheveux bleus sont partout des plus communes.

Qu'était-ce en somme que ce Tamo? De quelle nation était- il? D'où venait-il? a-t-il existé? Quel est le fait ou le mythe qui a donné naissance à celle légende? Des réponses plus ou moins heureuses, des explications plus ou moins plausibles ont été fournies. Une des plus positives et des moins anciennes est celle de M. E. II. Parker, qui distingue deux Dharmii ou Tamo, puisqu'on s'accorde à identifier ces deux prononciations, l'une indo-sanscrite, l'aulre chinoise : «Le premier apôln^ du boud- dhisme en Chine est DJuirma... Il était fils de Hiang-yiih, roi de l'Inde méridionale; en 520 de notre ère, il vint en Chine par le Sud et la voie de mer; puis il s'attacha à un temple appelé Shao-ling^sse. Il ne faut pas le confondre avec un autre Dharvfia, un peintre qui vint par terre au Se-t'choan de 580 à 605». (2). Ce dernier est-il le Tamo de Baber, portant la croix latine? C'est peu probable, ou bien ce peintre était en même temps un mis- sionnaire et un ascète, cas fréquent alor?;^

Le P. Trigault, dépourvu des ressources de l'érudition mo- derne, faisait déjà ressortir cette coïncidence : quand le boud- dhisme pénétra en Chine, en l'an 65 de notre ère, «Sainct Bar- thélemi Apostre publioit la loy Evangélique en l'Inde supéri- eure;... mais l'Apostre Sainct Thomas espandoit les raisons Evangéliques en l'Inde inférieure vers le midi». A propos des ressemblances entre les cérémonies bouddhiques et les nôtres, il ajoute : «En récitant leurs prières, les bonzes redisent souvent un certain nom, qu'eux-mêmes confessent ne cognoistre pas; iceluy est prononcé comme Tolome. Ils semblent peut estre avoir voulu honorer leur secte par l'autorité de l'Apostre Bartholo- me». (3). II est difficile que ce vocable Tolomé soit le même que celui d'Omi-to-fo, ou Amida-Bouddha des bonzes de nos jours.

On jurerait du reste que leur superstitieuse ignorance s'est ingéniée à embrouiller l'écheveau de ces traditions, devenues incohérentes ou contradictoires, si l'on s'en tient, pour le dé- brouiller, aux représentations graphiques, même avec les livres bouddhiques sous les yeux. Le Musée Guimet est assez riche en statues de Tamo, et le conservateur, M. de Milloué, a écrit à leur sujet : «En 65 de notre ère, sous le règne de l'Empereur

(1) Western China, a journey to the great buddhist centre of Mount Omei, p. 205. Boston 1888. Ailleurs, le voyageur manifeste son étonncment en voyant aux environs de T^chenO'tou, ^ ^), la capitale du Se-tchoan, des croix rouges ou blanches, cousues sur les habits des enfants, soit par devant, soit par derrière.

(2) Journal de la Soc. Asiat. de Changhai, Vol. XXIV. 3. 1889-1890.

(3) De Riquebourg-Trigault. I p. 175. Histoire de VExpédition chrestienne au royaume de la Chine. Traduction de l'ouvrage du P. Nicolas Trigault. Lyon, Cardon, 1616.

IV. LITURGIE ET ASCÈTES. 83

Ming^ti, le missionnaire bouddhiste Dharma, appelé aussi lioiihi' Dharma et Dharma râja, fonda quelques monastères et une potite communauté qui vécut modestement sans faire beaucoup de pro- grès. Ce Dharma, en chinois Tâ-mo, a été pris un moment pour TApôtre du Christ, S. Thomas, comme lui grand faiseur de miracles». (1).

Le même Guide parle d'une statue de ce Ta-mo, représenté «la barbe courte et frisée, un pan de son manteau rejeté sur sa tête», (p. 71). Une autre statue de bois le montre «en costume de prêtre, tenant un soulier dans sa main gauche», (p. 109). C'est aussi l'attitude de celle que l'auteur décrit ainsi à la page 178 : «Belle statue de bois bronzé, du XIV® siècle : le prêtre Dharma sortant de son tombeau, drapé dans son linceul, et un soulier à la main». (2).

Généralement donc on admet que ce Ta-mo, est le 28" patri- arche, (ou selon une autre manière de compter, le l*"" des six patriarches); il vint trouver à Nankin l'empereur Ou-ti |^ ^, fondateur des Liang ^ , qu'il éblouit par ses doctrines ascéti- ques et ses exploits légendaires. Pourtant il délaissa Nankin, pour se rendre à Lo-yaiig f:§ ^ au royaume de Wei |^. L'an- niversaire de sa mort se fête en Chine le de la 10® lune. (3).

Au cours d'un «Dialogue avec un philosophe chinois sur l'origine du monde», rapporté par du Halde, [Mémoires concer- nant les Chinois, IIL p. 54), on rencontre quelques mots irrévé- rencieux de ce philosophe lettré contre Ta-mo, «ce fainéant con- templatif,... ce personnage si vanté, qui est venu d'Occident à la Chine, et passa, dit-on, neuf ans, sur la montagne Tsong, dans une contemplation continuelle». Que deviendrait le monde, se demande le philosophe, si Ta~mo trouvait beaucoup d'imitateurs?

Tout naturellement on doit pouvoir signaler des traces de ce Tamo dans les pays, jadis tributaires de la Chine, qui lui ont tant emprunté en fait de coutumes, de littérature et d'usages superstitieux. La Corée et l'Annapi lui ont peut-être pris celui- là. D'après M. de Milloué, (p. 137) la secte Zen-siou, sorte de bouddhisme chinois introduite au Japon par le bonze Do-guen «prétend avoir conservé intacts les principes de son fondateur en Chine, le missionnaire Ta-mo [Bodhi-Dharma ou Dharma- râja))). Nous ne savons si les statues du Musée Guimet et les

(1) Petit guide illustré du Musée Guimet. p. 65.

(2) Cf. pp. 160, 241, 2.38, etc., ouvrages de bronze, de bois ou de faïence,

(3) Cf. Edkins, Chinese buddhism, London, 1880. p. 92. Lauteur y explique la raison de la sandale, caractéristique de certaines statues de Ta-mo dans les pagodes actuelles. Elle a trait à une particularité de sa vie apocryphe. Bretschneider, ( Afetiiceval ResearchesJ, traite un peu légèrement l'opinion des missionnaires catholiques, qui soupçonnaient dans le mjijhe de Ta-mo un vestige de l'Apostolat de S. Thomas. Cf. Gaubil, Astronomie Chinoise, p. 56.

8'l CnOIX ET SWASTIKA.

types conserves au Royaume du Soleil Levant, en Corée et en Annam, le figurent avec la croix latine, la croix grecque ou le f^.

Aux Indes, il semble que sa caractéristique soit autre, à moins que, comme on l'a soutenu plusieurs fois, le py ne soit que le symbole réduit de la roue de la loi, la tchahra hindoue, qui est toujours, dit Fergusson, « un objet de culte ou au moins de bénédiction. On le trouve toujours honoré et généralement placé au-dessus des autres emblèmes. Je serais porté à dire que c'est le symbole de Dhcirma». (1). Cette ,1. » 1

interprétation rendrait moins singulier le "^K" 'o^ 'M\ changement ou l'équivalence de la roue, ^^

du ?t. de la + (fig. 145) et enfin la pré- ^^' ^^^'

sence de la f au cou de Ta-mo au Se-f/chonn. Ces étapes de la roue à la croix latine f seraient plus clairement marquées.

Si la tchahra, ou «roue de la loi», symbole de la tradition bouddhique, du Dharma hindou, [Dhama, en pâli, d'après Eitel, et Tamo en chinois), a pour signe algébrique le PH , il est moins surprenant de rencontrer la croix, même latine -J-, sur la poitrine du Tn-mo chinois. (2). Dharma est aussi un des personnages de la triade bouddhique.

Pauthier, ou plutôt Bazin, suggère une interprétation assez piquante et l'appuie de détails historiques plus précis; resterait pourtant à savoir si nous n'avons pas affaire ici à un troisième personnage, différent de Ta-mo l'Apôtre, et de Dharma le peintre. Les Annales ou les traditions locales de la Chine, (où l'on con- dense souvent ainsi plusieurs personnages en un seul), mention- nent un peu partout des ascètes ou ermites comme celui dont il s'agit dans le passage suivant : « Au nombre des passagers célèbres du N{ian-k''ing-fou ^ ^ jj^ on cite le prêtre ou bonze Thsân, (le brillant), qui vint de Ta-mo (Damas? demande l'au- teur), dans le Royaume du Milieu, sons le règne de Youen-Thsoung de la Dynastie des Thang (de 713 à 756 de notre ère). Ce re- ligieux de Damas, n'avait, selon la tradition que ses vêtements de religieux et un vase pour recevoir sa nourriture. Ce fut à San-thsou que Thsân arriva pour communiquer et propager sa doctrine, et il expliqua cette doctrine, cette loi ( fà), dans une vallée déserte de la montagne Houan (canton N.O. de Tsien- chan). Il finit ses jours et fut enterré au sein d'un monastère situé

(1) Fergusson, Handhook of Architecture, p. 157. En réalité "tourner la roue de la loi, Dharma Tchakra, c. à. d., propager le bouddhisme", est une expression figurée qui a son pendant en celle-ci : " prêcher la Croix, la religion chrétienne ".

(2) Nous avons donné plus haut, d'après les dessins de George Moore, les signes caractéristiques en question. Voir, page 212 de son ouvrage The lost trihes, ce qu'il dit de cette "roue bouddhique". Il renvoie lui-même à divers passages de la Bible, faisant remarquer que Sakyamouni, vers 623, peut avoir connu Ezéchiel, ou ses prophéties, dont tant de détails semblent reproduits par le Bouddhisme.

IV. LITUUGIE ET ASCÈTES. 8.*»

dans une vallée de la montagne susnommée. L'empereur Youen^ thsoung, des Tluing, lui conféra le titre honorifique posthume de «maitre de la contemplation spirituelle et miroir de la sagesse». Ce religieux dont il est ici question fut vraisemblablement un des nestoriens de Syrie qui se rendirent en Chine i)our y prêcher le christianisme au VII® et VHP siècle de notre ère et dont le Monument de S i-ng an-fou, érigé en 781, porte témoignage». (1).

M. Dabry de Thiersant cite un ouvrage chinois, le Kien-yu- tou qui parle d'un «petit état» nommé Tii-mo-s:(\ (Damas,)» en- clavé dans le Ta-t><in-kouo^ et «d'où sont venus les étrangers qui ont apporté en Chine la religion lumineuse)). (2). L'auteur fran- çais fait encore cette remarque, (p. 33) : «Le bouddhisme porte en Chine le nom de Fo-hiao, religion de Fo, ou Tnmo-hino. re- ligion de Tamo. Quelques personnes ont cru que ces dernières expressions s'appliquaient à la religion de S. Thomas. C'est une erreur. Tamo est le nom chinois donné à Bodhi-Dharma, etc., venu en Chine en 495». (3).

L'histoire démêlera peut-être l'inextricable imbroglio des traditions contradictoires qui gravitent autour de ces noms. On peut afïîrmer, en attendant, que la légende, ou, si l'on veut, l'histoire semi-légendaire de Tamo compte parmi les plus répandues et les plus populaires de l'Extrême-Orient. Nous souhaitons vive- ment que l'on continue à collationner les textes indigènes, à signaler les indications du folk-lore local, et surtout les monu- ments archéologiques, les traces de ce personnage restent les plus visibles.

La cinquième des «douze grottes, Che eul long -f- Zl }lo| >* que l'on visite à Koan-yn-men , l'une des portes de la «grande enceinte» de Nankin, est dédiée à Ta-mo, «saint bouddhiste, dit un des bonzes gardiens de ces grottes, venu en Chine de l'Occi- dent, sous Ou'ti, des Liang, vers 502, et qui prêcha et voyagea dans beaucoup de pays». Une correspondance du Nortli China Daily-News (17 av. 1890), décrit ainsi cet endroit : «La grotte de Ta-mo porte le N"* 5, et se trouve en haut d'un escalier que l'on atteint par un sinueux et étroit sentier. C'est une petite anfrac- tuosité dans le roc, laquelle n'a rien de remarquable ni d'attachant. La caverne est juste assez large pour abriter deux bonzes boud- dhistes, un chien et une demi-douzaine d'images. L'idole, Ta-mo,

(1) Chine moderne, de Pauthier ; partie r«r Bazin. Paris, Ditlot, 1853. p. 81. L'auteur renvoie au Ta-t'sing-i-t*onp-tche, K. 56, 44, verso. Ihm à la OiotrraphU spéciale du Chensi, en 60 vol. chinois. K. 77, f"* 26.

(2) Dabry de Thiersant. Le Catholicisme en Chine an VHP Sitde. Paiis. p. 24.

(3) D'îi^près Eitel, Bodhidharma est le 1" patriarche pour les Chinois, (le 28' pour leslndous). Ils le nomment ^ j^ I^C SP- Fils d'un roi de llnde du Sud, il s'appela d'abord Bôdhitara et vint en Chine en 520, apportant le patra ou palmier, horasnts flahelliformis.

86

CROIX ET SWASTIKA.

occupe le centre, et une représentation plus grande de la même divinité se dresse dans un des angles. Un «bouddha riant», le belliqueux déva Wei-to, et la déesse de miséricorde, (c'est un des noms de Koan-yn)^ sont les autres idoles. Tamo est repré- senté sous sa forme habituelle, sévère et laide. Rien ne le dis- tingue d'une centaine d'autres idoles. L'autel porte l'inscription

symétrique: g ft Êî S S ^ ± A ; g tt g j^ fT # W ^'« >>•

Je puis témoigner de l'exactitude de cette description. Dans une des plus vastes de ces grottes, (creusées jadis dans les con- glomérats rocheux d'une falaise haute de 60 mètres par le Yang- tse-kiang, qui les baigne encore de ses grandes eaux), on a dis- posé une pagode de style banal, dont les pieds trempent dans une mare limpide formée par les suintements du roc, perforé de couloirs très pittoresques. A l'entrée on a reproduit en léger relief et en grandeur naturelle la gracieuse image à large auréole de la déesse Koan-ijn g| -^ , d'après le dessin du fameux Ou Tao-tse. C'est une œuvre de haut style. (1).

A quelques pas de là, dans la paroi même de la falaise, on a gravé le caractère ^ haut de plus de trois mètres. Au dire des bonzes, l'empereur K'ien-long l'aurait tracé d'un seul coup de pinceau, (fig. 146.). En regard (fig. 147.) nous lui opposons

Fig. 146.

Fig. 147.

(1) Une pagode de la ville de Nankin appelée Ouo-fou-se ^ ^ ^, se vante aussi de posséder une Koan-yn, œuvre originale de ce Ou Tao-tse ^^ Js ^, célèbre

IV. LITURGIE ET ASCÈTES. 87

l'esquisse réduite d'un autre chpou nankinois, incisé sur une dalle et mesurant 80 cent, sur 1™ 25. C'est le chef-d'œuvre callii^Taphi- que d'un haut mandarin de nos jours, devenu Amiral du Yanq- if^e-kifing, et nommé Wang, qui l'aurait aussi enlevé sans retou- ches, d'un seul trait. Plus admiré qu'un tal)lcau de g-rand maître, cet idéogramme est journellement visité et estamj)é dans le lieu de divertissement appelé Mo-tch'eou-hou ^ f^ jj^j le «Lac de Sans-Souci», à l'Ouest de Nankin.

Pour qui connaît ou soupçonne l'état réel et comi)lexe du boud- dhisme, du taoïsme et du confucianisme en Chine, ces trans- formations de traditions anciennes, ces emprunts déguisés aux mythes primitifs des sectes voisines, cet amalgame des prati- ques les plus diverses, cette évolution sans terme de croyances sans fondement, cet apport d'observances vaines et de symboles inexplicables, tout cet ensemble de conditions qui font que, si la vérité religieuse se développe en raison et progresse en clarté, les fausses religions dégénèrent et accumulent des ténèbres cha- que jour plus épaisses, tout cela, dis-je, rend les investigations plus ardues, moins assurées, moins fructueuses, sans leur rien enlever, ni de leur intérêt, ni de leur utilité.

Voyez, par exemple, ce qu'est devenu pour nos chercheurs et interprêtes de religions comparées, ce que j'appellerais le «thème Jisô, » au Japon.

Cette étude n'est pas indifférente à celle que nous essayons sur le rtj et la croix en Chine, puisqu'on a voulu y voir le souve- nir altéré de Jésus, le «sauveur,» titre vénérable, lié désormais à la -|- instrument de salut.

Le Musée Guimet possède deux statues de bronze de Jisô, œuvres du XVIIP Siècle. L'une est ainsi cataloguée: «Jisô, tenant le bâton à sistre, debout sur un lotus décoré d'un swastika.a [Pptit Guide illustré, p. 177.) Une autre grande statue de bronze de la même date, consacrée en 1723, nous est présentée par le même Guide (p. 171.) comme «le Bodhisatva Jisô, sauveur des âmes, debout sur le lotus, tenant le bâton à sistre et la boule précieuse.» Ailleurs, on le voit «assis et méditant, la tète ap- puyée sur sa main droite,» ou bien «la tête ceinte d'une gloire ronde, ornée de fleurs de lotus» (p. 182.); et partout il tient «le bâton à sistre et la boule.» Précédemment, (p. 161), le Guide nous a averti que «c'est un ancien prêtre, qui s'est, dit-on, réin-

3f>us le nom de Godoshi au Japon. Cette pagoile sinico-thibétaine, renferme, comme celle des environs de Pékin, un "bouddha couché ', sorte de mannequin richement hubillé, reposant sur une espèce de divan son)ptueux, dans une vitrine oblongue ; telles ces figures de martyrs en cire que l'on voit dans une châsse, sous certains autels, disposés selon la mode italienne. Cette pagode, une de celles ont lieu les ordinations bouddhiques, alors que se pratiquent les brûlures rituelles sur le crâne r.asé dos bonzes, possèile, avec divers autres trésoi's, une bil)liothèque thibétaine, don impérial.

88

CHOIX ET SWASTIKA.

carne plusieurs fois. Il aurait vécu dans plusieurs mondes, et notamment en Occident.» C'est une des idoles les mieux connues au Japon, puisque le Musée Guimet exhibe encore dans une autre salle «six statuettes en bois, du XIV Siècle, représentant les six principales formes du dieu J/.sô. » (p. 180).

Du reste, M. Guimet nous a résumé lui-même la biographie légendaire du héros en question: «quant à Jisô, c'était un des bienheureux Bouddhas; mais il abandonna son état divin, pour descendre sur les mondes inférieurs. Il a ainsi visité six mondes particuliers, les bouddhas étaient méconnus. Ce dieu, dont le nom ressemble à Jésus, est venu sur notre terre, s'est incarné dans le corps d'un prêtre bienfaisant, qui guérissait les malades et sauvait les âmes. Sa grande préoccupation est de tirer de l'enfer les petits enfants condamnés pour des fautes commises dans les existences antérieures ; il veut les affranchir des péchés originels, et c'est surtout pour cela qu'il a quitté le ciel ; ... il tient dans une de ses mains la boule de pierre précieuse, et dans l'au- tre le sistre à anneau, sorte de caducée qui lui sert à conduire les âmes ». (1).

Quoi qu'il en soit des traditions religieuses, indigènes et exotiques, qui ont donné lieu à ces légendes réelles ou supposées, on devinera aisément dans ces lignes une parodie criminelle, à peine déguisée, des miracles de N.S., de l'œuvre de la S. Enfance, du dogme du péché originel, parodie gâtée encore par l'intention peu généreuse de ridiculiser certaines images catholiques. Quant à définir, dans ces rapprochements sacrilèges, la part de respon- sabilité du bouddhisme japonais, et celle de l'ignorance ou de la passion antireligieuse du voyageur d'Occident, c'est une tâche oiseuse et répugnante à la fois. «Malheur, a dit un incrédule, à qui tourne en dérision ce qui peut sauver une âme ! » En se bornant à classer ses collections ethnographiques, M. Guimet eût plus sûrement travaillé pour sa gloire. Si nous nous occupions de son livre, nous aurions à relever aussi, parmi nombre de bévues, l'aberration sectaire qui l'aveugle au point de lui faire risquer un inepte blasphème au sujet «du sacré cœur de Bouddha!» Il est vrai que n'osant en prendre tout l'odieux, il l'attribue à l'invraisemblable malignité d'un bonze japonais. Pendant ce temps, les grotesques singeries du culte bouddhique à Paris font sourire ici les moins croyants des catholiques, avec les plus ratio- nalistes des protestants, mieux au fait de la réalité des choses en Extrême-Orient. Et la presse locale s'amuse des naïfs occiden- taux, assez jobards pour admirer des élucubrations envers les- quelles les bonzes ne cachent pas leur mépris.

Quant à l'action moralisatrice du bouddhisme, un récent travail de M. l'abbé Desgodins démontre que, si ce culte ne verse

(1) Em. Guiiuet, Promcnadts japonaises, Paris, Charpentier, 1883, p. 88.

IV. LITUIIGII-: HT ASf:KTi:S. 80

pas partout, comme au Tibot, dans Ifs faii^^'-os do lOhscriiilé ou les tur|)itudes d'un naturalisme tellement ahjecl que l'énoneé n'en est tolérable que grâce à l'impudeur du latin, il demeure désor- mais sans influence aucune pour le relèvement moral des poi)u!a- tions asiatiques. (1).

§ III

A côté de Tamo et de Jisô, le mythe semi-historique de Tchang Tao-ling a eU également le privilège de piquer la curiosité de ceux qui se sont laissé entraîner à recueillir les restes, même défigurés, des usages et des dogmes chrétiens en Chine. Nous ne prétendons pas que chacun de ces traits, presque efîacés, surchargés, faussés peut-être, de l'image primitive, ait une éîrale valeur pour en reconstituer les contours exacts et la vraie plnsio- nomie; mais le temps, aidé de la malice ou de la folie des hommes, a fait table rase, ou à-peu-près, du plan original, les moindres indices ont leur prix, ne fûl-ce qu'à titre hypothétique; ils servent de jalons indicateurs dans la recherche de la pensée première, de la tradition des anciens âges. Puis, il ne faut pas oublier qu'un trait, insignifiant en soi, peut acquérir une impor- tance majeure, dès qu'il sera rapproché d'un autre trait, aussi incompréhensible que lui, tant qu'ils étaient restés isolés. Ce sont des matériaux épars, jadis mis en œuvre sur un plan ra- tionnel bien défini, mais dispersés de nouveau; la critique essaie de les restituer dans leur ordre voulu et significatif, sans se laisser décourager ni par les lacunes, ni par les méprises, ni par les incertitudes elles-mêmes de l'interprétation. Chaque jour Térudit recompose ainsi des inscriptions jugées longtemi)S illisi- bles, des monuments disparus, des mosaïques disloquées et en miettes. C'est à ces titres aussi que nous résumerons ce que les Chinois racontent de Tchang Tao-ling 5i \^M et de ses succes- seurs. On jugera, après lecture de ces détails, s'il est improbable que le souvenir du Christianisme, et même le culte de la croix, aient laissé des vestiges en Chine.

Encore actuellement, le Taoïsme, qu'on a défini le bouddhis- me habillé à la chinoise, a pour chef spirituel un des descendants de Tchang Tao-ling, premier pontife souverain des taoïstes, et petit-fils à la huitième génération de Tchang Liaiig Jg ^, con- seiller du fondateur de la dynastie des Ilau. Ce chef marche de

(1) Cf. Revue des Reliions, 1893 page 206.

12

00 CHOIX ET SWASTIKA.

pair à-pou-près avec le Yp}i-chenc}-}ioi}o ffif ^ 2* ' ^^ rrjclon ofTi- ciel do Confiicius, et les bon/es de la secte lui paient un tribuf, plus ou moins consenti, en diverses Provinces. (1).

Voici les traits les plus niar([uants de la vie de Tchang Tao- ling. Nons laisserons le lecteur l'aire les rapi)rochemcnts et nous n'indiquerons les allusions possibles que par quelques mots entre parenthèse.

A la naissance de ce futur bienfaiteur des hommes, l'an 34 de notre ère, un météore lumineux traverse le ciel obscur, comme une flèche de feu, et vient mourir à la porte de sa maison; (étoile des mages). Agé de sejit ans, il lit, relit, médite et commente le Tno-te-kiufi 3^ f^^ |f^ de Lao-Uc, le Sahya-mouni du Taoïsme : (Jésus au Temple). Il parlait souvent d'une tortue, morte il y a 3.000 ans, et que le roi de T^chou avait fait mettre dans une boîte entourée d'étolïes précieuses, puis placer dans la grande salle du temple; (le tabernacle, ou l'arche, sa figure). Il aimait à gravir les montagnes, à contempler de le spectacle de la nature et à y instruire ses disciples; (c'est le jeûne des 40 jours au désert, le sermon sur la montagne, etc.,). Ayant inventé une drogue d'immortalité, il l'avale, et passe subitement, de l'âgée de soixante ans, à l'âge d'un jeune homme, fort et bien fait; (la Résurrection). (2) «Le maître, dit M. Imbault-IIuart, voulut gouverner ceux qui faisaient profession de sa doctrine à l'aide de la honte y). L'emploi des châtiments corporels lui répugnait ; il préférait en appeler à la conscience et à Ihonneur naturel de l'homme. 11 fit donc un règlement spécial, ordonnant à ceux qui tombaient malades, de mettre par écrit tous les crimes, toutes les fautes dont ils s'étaient rendus coupables, depuis qu'ils étaient au monde, puis de jeter cet écrit dans l'eau « comme pour faire alliance avec les génies » ; par là, les malades prenaient l'engagement de ne plus retomber dans les mêmes péchés, et consentaient à ce que la mort fût leur châtiment, s'ils violaient leur parole. « Quand ce règlement parut, tous avouèrent aussitôt leurs fautes: d'un côté.

(1) Nous empruntons ce qui suit presque entièrement à l'ouvrage de M. le Consul Imbault-Huart : "2/a légende du premier pape des Taoistes^\ Extrait du Journal asiatique. P;iris. 1885. Nous y avons lu avec surprise (p. 5.) : "Le Tsi-chô-tsuan-tcheng , sur les génies et démons et l'absurdité des fables qu'on rapporte sur leur compte, par un Père chinois catholique, nommé Pierre Houang Fei-tien (1879). On y trouve presque tous les textes relatifs à toutes les divinités, mais quelquefois écourtés pour les besoins de la cause". Nous voudrions croire à quelque erreur ou gaucherie de rédaction; mieux renseigné, INI' Imbault-Huart hésiterait à maintenir sa remarque désobligeante, peut-être involontaire. Sur l'organisation du Taoïsme, cf. Mercury de Changhai, 29 Août, 1892.

(2) Ces travestissements sont encore dans la manière chinoise. Comparez ce que les pamphlets anti-européens de 1891 disent de la religion chrétienne, et voyez comment ils exposent nos croyances, d'après nos propres livres de doctrine, incompris, ou dénaturés ù dessein.

i

IV. LITUUGIE KT ASCKTES. 01

ils obtinrent la guérison de leurs souffrances ; de 1 autre, ils furent maintenus désormais dans le droit chemin par la })<'nséc et la crainte de l'humiliation. Ils n'osèrent plus commettre le» mêmes fautes que ])ar le passé et changèrent de conduite en pour du Ciel et de la Terre. Les criminels, qui jusqu'alors avaient violé les lois, devinrent en ce temps des hommes vertueux. » (1) (Souvenirs confus de la «loi d'amour» substituée à la «loi de crainte»; baptême; extrême-onction; repentir; sacrement de pé- nitence. . .?)

«En Tan 157, le septième jour du l'"' mois de la année de l'Empereur Heng des Ilan }|| , à midi juste, Tcharu) Tuo-ling réunit sur la montagne des nuages (Yun-chan, ^ ^) sa femme et deux de ses disciples préférés; pui il s'éleva en plein jour au ciel avec eux ; (transfiguration, ascension?) Les autres disciples, qui étaient venus lui faire leui-s adieux, le suivirent longtemps des yeux, mais il disparut dans les nuages, et on ne le revit jamais. » (2)

Un des descendants de Tchang Tao-ling, qui, sous le nom de r'ai-p'mr^-fao «chef de la grande paix», joua un rôle prépondérant dans la Rébellion des Bonnets jaunes (172 à 178 de notre ère.) «invi- tait les malades à se prosterner et à penser à leurs fautes; puis il leur faisait boire une eau miraculeuse. Plus tard, une fraction de ces sectaires fit bande à part; ces disciples séparés se nom- maient Tsi-tsiou «offrant le vin,» et prenaient pour devise foi et sincérnté. Chez eux il était défendu de mentir; «les malades faisaient eux mêmes Taveu de leurs fautes, » Cette société établit des auberges et des hôtelleries gratuites. (Confession, messe, extrême-onction; œuvres de miséricorde cori)orelle des monastères?)

L'an 748, un descendant de Tchang Tao-ling reçut de l'em- pereur le titre de T'ien-che Ji êijî « maitre céleste. » Les Song les honorèrent également. En 1016, on leur bâtit un temple taoïste et ils furent exemptés des impôts. Les Mongols ou Yuen les favorisèrent. En 1276, Koubilai-hlmu^ ({ui gardait tant de chrétiens nestoriens à sa cour et leur laissait prati(juer leur culte devant sa tente, donna à un autre descendant de Tchang Tao-liug un sceau en argent, avec la charge de présider à la religion du 7'ao (raison) dans le Kiang-nan. Enfin, en 1278 «un édifice religieux, décoré du nom de Tcheng-y-sse .^ -^ » temple du vrai un,» fut élevé à Pékin, pour servir de résidence à l'un des descendants du même personnage.

(1) Chensien-t'-cfioan %^ \i\ fj biographies de 84 luimortels par Ko Honij -^j 8Ç> dit Pao-p'o-tse JS fr "î"^ philosophe taoïste du IV« Siècle.

(2) La biographie insérée, avec le portrait du héros, dans le KUti-tse-t/itcii/ioa-rchiHtn (méthode illustréi de peinture d'un atelier de JVan-fàn J, insiste sur la noble.sse et la majesté de sa démarche. Nous avons analysé cette méthode dans le de Juin 1890 det Etudes religieuses et littéraires, par des Vhis de la Compagnie de J éaus.

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CROIX ET SWASTIKA,

Sans doute, c'est une mélhodo défcctucuso et scal)reuse tout à la fois que celle de ))rocéder uni(|ueiuent j)ar rapprochements et analogies; l'expérience ])rouve de reste qu'elle a souvent con- duit aux plus absurdes identilications et interprétations histori- ques; plus d'une thèse retentissante et erronée s'est échafaudée sur l'abus de cette manière. Soutiendra-t-on pourtant que la légende et les faits positifs qui gravitent autour de ce pontife suprême, ses descendants, leur doctrine, l'organisation de leur secte, n'of- frent aucun ra|)j)ort avec le christianisme, qu'il n'y a jamais eu ni emprunt, ni imitation, que ces traces de ressemblances sont toutes absolument fortuites? Nous souhaitons voir cette secte de Tclinng Tao-livg mieux étudiée et plus connue; on découvrirait peut-être comment elle a pu contribuer à conserver et à i)opula- riser en Chine le souvenir et la pratique du culte de la Croix.

Notons qu'encore actuellement on vend autour de nous des centaines de statuettes, figurant un autre hércs thaumaturge, Liu Tonçi-ping g }]g] ^ , avec une sorte de guitare ou d'épée sur le dos, laquelle revêt habituellement la fornu^ très accentuée d'une croix. Et pour qui ignore la nature de l'objet qu'a voulu re; résenter l'artiste, c'est une croix plus qu'autre chose. Maint chevalier du bon vieux temps, sur le point d'expirer au champ d'honneur^ embrassait, faute de crucilix, la garde de sa longue épée.

Quant à Liu Tong-ping, il naquit vers l'an 755 de notre ère, alors que Horissait l'église chrélienne de Si-n<jiin-fou (1). Sa fête se célèbre le 1 4" jour de la lune, et un drame tno-se s'ap- pelle (de songe de Lin Tong-piiup). Instruit dans les arcanes de l'alchimie, il possédait l'élixir d'immortalité, qu'on a voulu identifier avec ïopiinn. Exposé à dix sortes de tentations, il les a toutes surmontées. C'est alors qu'il obtint cette é])ée d'un pouvoir surnaturel, avec laquelle il tua tous les dragons de l'em- pire, délivrant le globe terrestre de toutes ses misères, pour quatre cents ans, dit la légende. Décidément, «nous sommes venus trop tard, dans un monde trop vieux!»

L'ouvrage de M. Imbault-Huart, auquel nous avons fait plus haut de longs emprunts, contient aussi certains détails sur un sujet familier aux écrivains taoïstes, c. à. d. sur la visite de la Si-\<-ang-mou W ïE # « '♦'^ mère du roi occidental», (résidant sur les monts K'oen-len g^ ]^ aux abords du Tibet), à Ou-ti, des Han, ami de la doctrine du Tao, (Raison). Selon d'autres, Meou-\<-ang g ^ «le roi magnifique», serait allé, la 17*^ année de son règne, visiter la Si-M'ang-Tiiou elle-même, en Perse, 985

(1) "Au moment de sa naissance, un parfum délicieux se répandit dans la chitm- bre; une musique céleste se fit entendre et une grue blanche descendit du ciel sur sa maison". Comme à Bethléhem, comme aux bords du Jourdain ! Cf. Catalogue du Musée Guimet, 1883, pp. 05, 100, 142; et Pauthier; Chine moderne. V^ vol. p. 426.

IV. LITUUGIE ET ASCÈTES. ÎKi

ans avant Jésus-Christ. (1). Pauthior [Chnio.. I. p. 94) railh* les missionnaires catholiques, qui ont signalé, dans ces légendes, des souvenirs de la visite de la Reine de Saba à Salomon. Tout lecteur impartial, peu ébranlé par le persiflage de Pauthier, hostile a priori, se prononcera moins vite contre la vraisrmblance de cette hypothèse. L'examen de ces analogies nous entraînerait trop loin. Elles ne semblent pas aussi absurdes aux Lettrés chinois^ comme le prouve le lait suivant, qui clora l)ien ce chapitre.

«L'empereur Yong-tcheng lHJE (1723 1735), fils de K'ang-hi, ayant ordonné aux Missionnaires des Provinces de se retirer, voulut justifier aux yeux de tout l'Empire, une conduite qui paraissait condamner celle de son père. Pour cela il ordonna aux Ibin-liu, faca- démiciens impériaux), de réfuter les livres de notre sainte Heligion, qu'il avait fait demander et qu'il leur envoya. Ces Docteurs les examinèrent avec soin, pour se mettre en état d'obéir à l'Empereur, qui avait cela à cœur. L'examen dura six mois, et finit i)ar une Requête, ils lui disaient humblement qu'ils ne pouvaient réfuter les livres des Européens, sans tomber en contradiction avec les King et sans s'exposer à la risée de tous les lettrés. La chose finit là, et les Missionnaires portugais ont encore les livres qu'on leur avait demandés, et qu'on leur rendit sans rien dire. Ce n'est qu'après la mort de ce Prince que les ^lissionnaires ont su celle anecdote». (2).

(1) Ces visites font, parait-il, le sujet des si curieux bas-reliefs de Kut-ifiainihicn ^ W /f>^ au Chan-tong, sculptés en l'an 147 de notre ère dans le temple des ancêtres d'une famille Ow. -Cf. Journal of tlie Royal Geogvaphical Soc. of London. t. XL, 1870. Article de Markliam. Item, Douglas, Ancient sculptures in China. Sur la .Si-uantjmuu, cf. May ers ; Chinese reader's Mavuah Voir aussi sapj'à p. 19.

(2) Article du P. Cibot. S. J. Mémoires concernant les Chinois— t. IX., p. 380. Le P. Cibot, qui relate cette histoire, raccompagne d'intéressantes notes, ( p. 377— ."^87 ), pour établir ses théories sur la Religion prin)itive des Chinois, laquelle était la rraie. Il s'arrête à diverses traditions sur le Déluge, la Sainte Vierge et son divin Fils. Cf. M»' île Harlez, Eeligion ancienne des Chinois. Ou y soutient le monothéisme, des premiers Chinois, adorant en Chang-ti Jl '^ l'Etre suprême, le vrai Dieu, dont le Ciel, le Tien 7^- plus tard divinisé à son tour, représentait la Cour, la résidence céleste.

ir PARTIE

LA CROIX

CHAPITRE I.

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Ç- T: tif) Tm-^. l^fs «afanÉnns 4p fai Cnix

CHAPITRE I.

ANCIENS VESTIGES HISTORIQUES.

Au début de cette étude, nous avons rappelé deux points, hors de doute historiquement parlant : le premier, que le symbole de la croix ne dérive pas du py ; le second, qu'en Occident les chrétiens du IIP Siècle ont temporairement employé ce même |^, pour déguiser la croix aux yeux des païens.

A la demande : en Orient, cette croix gammée n'a-t-elle pas joui d'une fortune analogue ? nous répondrions : il parait très vraisemblable, après examen, que les deux symboles ont eu l'un sur l'autre une influence réciproque ; qu'en d'autres termes, le rïf a parfois frayé la route à la croix, et que parfois aussi, le culte et le souvenir de la croix ont servi à populariser le py, réduit alors à n'en être plus que l'équivalent truqué ou la forme avariée. L'une des plus anciennes mentions du ^ se trouve, croyons-nous, dans le savant ouvrage qui a pour titre: a Alphabetum Tibetanum^ missionum apostolicarum commodo editum, studio et labore Fr. Augustini Antonii Georgii, Eremita? Augustiniani. Romœ 17G2, Typis S. Congr. de Propaganda Fide. 2 vol in-4**. A la page 4G0 nous lisons: « Crucis Imago quam Xacaitse (les dévots de Sakya- mouni,) Tibetani in honore habent, hujus formée est : (fîg. 148.) At hujusmodi Crucis figura quanto aliéna est a vera crucifîxione servatoris nostri, juxta Chris- tianorum Fideni significanda, tanto Ea aptior videtur ad exprimendam Manichaicam Crucifixionem Jesu pa- tibilis de omni ligno suspensi.yy II renvoie à la page z',,,. us. 211 pour le sens de ces derniers mots, allusion à certaines infamies Manichéennes. En elïet, p. 203, il avait donné la figure d'une croix qu'à une époque de l'année «les Manichéens bouddhistes du Népal érigent partout.» Ce sont deux bambous en croix, habillés de feuillage, d'où émergent une tête humaine, avec deux mains et deux pieds perforés. (1). (fig. 149. page9S). P. 527, il remarque que ce f^ se voit aussi sirr la poitrine de Sakyamouni au Japon.

(1) On a tour à tour nié et affirmé le culte rendu ou refusé par le Manichéisme à la Croix et aux images. Quoi de plus "ondoyant et divers" que l'erreur? Cf. Bergier ; Dictionnaire de théoloyie ; Manichéisme.

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CROIX ET SWASTIKA. II.

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Ainsi, pour dos yeux familiarisés avec le py, la croix, ap- portée par le christia- nisme, semblait un symbole moins étran- ge : par contre, la croix avait trôné, le ry en vint à se substi- tuer insensiblement, par manière de suc- cédané, ou à recon- quérir sa place jadis perdue, quand l'inévi- table et fatale déca- dence des fausses re- ligions, la dégénére- scence des pratiques superstitieuses, la cor- ruption de la foi ortho- doxe, le progrès du schisme, de l'hérésie, des habitudes idolâ- triques, permirent à l'erreur de venger ses anciennes défaites.

A diverses repri- ses on a exploité ce passage de du Halde : « Le fameux Kouan Yun-tchang %% g -g, qui vivoit au commen- cement du IP Siècle, connoissoit certaine- ment J.-C, comme en font foi les monumens écrits de sa main, et ^^u- 149.

gravez ensuite sur

des pierres. On en a tiré des copies qui sont répandues de tous cotez, mais qu'il est impossible d'expliquer si l'on n'est pas chré- tien, parce que Kouan Yun-tchang y parle de la naissance du Sauveur dans une grotte exposée à tous les vents, de sa Mort, de sa Résurrection, de son Ascension et des vestiges de ses pieds sacrez ; mystères qui sont autant d'énigmes pour les Infidèles». (1).

John Kesson relève cette allégation du P. du Halde, traduit ses paroles et, aussi perplexe que nous, ajoute : «Ces monu- ments sont-ils connus d'autres personnes que du Halde, il est

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(1) Du Halde; Descr. de la Chine. T. III. p. 66.

I. ANCIENS VESTIGES HISTOHIQUES. 99

diiïicile de le dire, et son autorité en quelcjnes matirres est sujet- te à caution». (1). Du Halde a pourtant avoir quelque sérieux document en vue, pour parler avec cette assurance.

Les témoignages de source chinoise sont des plus fornjels au sujet du célèbre et vertueux Kouo Tse-y 5|) -î* fil , grand ministre de l'Empire sous la XIII" dynastie, que l'on croit avoir été chrétien, et qui aida successivement quatre empereurs des T'arig ^ h chasser les Tartares de la Chine propre. Mo' de Visdelou lui a consacré une assez longue notice et dit qu'il mourut en 781, à 84 ans : «On fît ses funérailles avec une pompe presque impé- riale, et son tombeau fut placé parmi les tombeaux- des Empe- reurs. Enfin, ce qui est le comble des honneurs, il fut associé aux sacrifices impériaux». (2). Sa mémoire est restée fort popu- laire en Chine. En passant un jour dans les rues de Nankin, je considérais les peintures de la boutique d'un peintre indigène; l'artiste, un vieux à barbiche blanche, me signala une grande image en couleurs de Kouo Tse-y, l'une de ses dernières œuvres : «C'est un mandarin qui était de votre religion!» me dit-il. Je fis pour 300 sapèques l'acquisition de l'immense aquarelle.

Les Mémoires concernant les Chinois ont inséré sa biographie dans leur série intitulée «Portraits des célèbres Chinois». (3). Il est au Chan-si et, simple bachelier militaire, devint par la suite Généralissime des troupes, puis premier ministre de l'Em- pereur Tai-tsong f^ ^. C'est à l'an 754 que l'on reporte sa 1«"^ élévation. Cette notice est remplie de ses brillants faits d'armes, mais surtout de plusieurs traits extraordinaires de patience, de modération, de magnanimité, de pardon des injures, de dévouement à la dynastie des T'ang, qu'il défendit si bien contre les rebelles. C'était vraiment le bras droit de l'Empereur sous trois règnes successifs. D'après les Mémoires, il serait mort en 783, non en 781, dans sa 85" année. «Je pourrais ajouter pour la gloire de cet illustre Chinois, dit l'auteur, qu'il est presque certain qu'il a connu et honoré le vrai Dieu; puisqu'il a contribué de son crédit et de ses richesses à élever des Temples en son honneur, qu'il protégea ceux de ses ministres qui étaient venus des pays lointains pour l'annoncer et établir son culte, et qu'il se servait même dans les armées des conseils de l'un des principaux d'entre eux, ainsi qu'on le lit dans le monument de Si-ngan-fou, L'empereur, y est-il dit, ordonna au Prêtre Y-sée if â|f, d'aller à Chouo-fang ^ :j^, (au Nord-Est du Chan-si,

(1) John Kesson ; The cross and the dragon, p. 9.

(2) Supplément à la Bibliothèque orientale d'Herbelot... p. 182. Cf. tlu Halde; op. cit. T. I. p. 403. Le P. de Mailla, (vol. VI, p. 248 à 320) rapporte ses expéditions militaires.

(3) Tome V; p. 405 à 416.

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(1) DuHalde; Descr.

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I. ANCIENS VESTIGES nSTOKIQUEP,

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difficile de le dire, et son autorité e. quelques matiôros est sujet- te a caution». (1). Du Halde a purtant avoir quelque sérieux document en vue, pour parler avec ette assurance

Les témoignages de source clnoisé sont des plus formels au sujet du célèbre et vertueux huo Tse-y m d m r^r-mH ministre de l'Empire sous la XIIF dvastie, que IvlnTroit ^volr été chrétien, et qui aida successivement, uatre empereurs des T'ann ^ a chasser les Tartares de la Chin propre. Mgr de Visdelou lui a consacré une assez longue notice «t dit qu'il mourut en 781 a 84 ans : «On fit ses funérailles ave une pompe presque impé- riale, et son tombeau fut placé pani les tombeaux- des Empe- reurs. Enfin, ce qui est le comble es honneurs, il fut associé aux sacrifices impériaux». (2). Sa menoire est restée fort ponu- laire en Chine En passant un jourdans les rues de Nankin je considérais les peintures de la bout|ue d'un peintre indigène' l'artiste, un vieux à barbiche blanch, me signala une i>randè image en couleurs de Kouo Tse-y, l'ue de ses dernières œuvres «C'est un mandarin qui était de votrereligion me dit-il Je fis pour 300 sapèques l'acquisition de l'imiense aquarelle

Les Mémoires concernant les Chims ont inséré sa biographie dans leur série intitulée «Portraits de célèbres Chinois» °( 3) II est au Ck:in-si et, simple bachehr militaire, devint par la suite Généralissime des troupes, puis remier ministre de lEm- pereur Tai-tsong ^^ . C'est à l'ai 754 que l'on reporte sa H'e élévation. Cette notice est remlie de ses brillants faits d'armes, mais surtout de plusieurs traits extraordinaires de patience, de modération, de magnanime, de pardon des injures, de dévouement à la dynastie des T'ag, qu'il défendit si bien contre les rebelles. C'était vraiment lebras droit de l'Empereur sous trois règnes successifs. D'aprè les Mémoires, il serait mort en 783, non en 781, dans sa 85" anée. «Je pourrais ajouter pour la gloire de cet illustre Chinoi dit l'auteur, qu'il est presque certain qu'il a connu et honoi le vrai Dieu; puisqu'il a contribué de son crédit et de ses rich^ses à élever des Temi)les en son honneur, qu'il protégea ceux de es ministres qui étaient venus des pays lointains pour l'annonce et établir son culte, et ""'il se servait même dans les armées es conseils de l'un des

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100 CROIX ET SWASTIKA. II.

Ihéàlre do la guerre), pour l'aider de ses conseils». (1).

Quand il mourut, l'Empereur fit porter son deuil pendant trois ans dans tout l'Empire. Grosier, dans une note sur l'Ins- cription de Si-ugnn-fou, qui mentionne Kouo Tse-y avec éloges, remarque qu'il mourut au temps de l'érection de ce monument, environ 150 ans après l'arrivée d'Olopen en 635; puis il ajoute: «on se tromperait grandement si l'on concluait de que le chris- tianisme n'avait point été introduit dans cet empire antérieurement à l'époque de 635. Les bonzes chinois sont venus des Indes et autres pays situés à l'Occident de la Chine, et les chrétiens, qui sont venus ensuite, ont été confondus a^ec eux. On voit par ce monument que ces derniers ne se distinguent eux mêmes que par le pays de leur origine : les bonzes de Ta~t'sin. (2) Je fais cette remarque pour faire pressentir qu'il peut être question des chré- tiens, aussi bien que des bonzes idolâtres, dans plusieurs endroits de l'histoire de la Chine, il semble qu'on parle uniquement de ces derniers. S'il se présente quelque occasion de revenir sur cette matière, je pourrai m'étendre davantage...» (3) Le Colonel H. Yule raille à tort cette manière de voir, (dans son Cathay^ p. XCI.) partagée aussi par De Guignes.

Ces considérations nous amènent à quelques faits le sym- bole de la croix est particulièrement en jeu.

Que S. Barthélemi et spécialement S. Thomas ait implanté la foi aux Indes, c'est un point acquis à l'histoire, (Yule le reconnait), et qu'on ne saurait plus contester. Ce dernier Apôtre a-t-il réelle- ment évangélisé la Chine, comme semble le dire le célèbre texte du Bréviaire Chaldéen, (4) c'est une hypothèse acceptable, fort

(1) Pauthier, (Inscription syro- chinoise de Si-n(/an-fou. p. 65^, réserve une note érudi- te à K^ouo Tse-y, qu'il fait mourir en 781. Il ajoute qu'on peut voir son portrait "grossière- ment sculpté sur le grand panneau d'une armoire en bois doré qui se trouve au Musée chinois du Louvre. Il est entouré de nombreux serviteurs et d'une foule de femmes et d'enfants qui viennent implorer ses bienfaits. Confucius avec ses discii)les est représenté sur un panneau latéral." A. Wylie relève aussi le rôle glorieux que l'Inscription de Si- ngan-fou attribue à Kouo Tse-y. Journ. of the Americ. Orient. Soc. 1854-55, V vol., p. 306.

(2) Sur cette région du Ta-fsin, yC ^ 1^ cf. Hirth; China and Roman Orient, 1885. Tous n'acceptent pas les conclusions de ce travail si érudit : "...V\'ith a considérable amount of learning and ingenuity which deserved better subject and success, he has attempted the impossible task of making many names fit countries and towns of Anterior Asia. I find in my own notes that the name Ta-fsin refers to five différent countries; An-sih to two; Tiao-tchi to three,... and so forth." Terrien de la Couperie, The Baby^ lonian and Oriental Record : vol. III. p. 153.

(3) P. de Moyriac de Mailla. Histoire générale de la Chine, d'après le T'ong-kien- kang-mou, (publiée par Grosier). Tome VI. p. 319.

(4) Voici la partie de ce texte, rédigé en forme de litanie, qui regarde la Chine :

"Per divum Thomam evanuit error Idololatrise ab Indis;

,, Sinae et JEthiopes conversi sunt ad veritatem ;

,, ,, Regnum Cœlorum volavit et ascendit ad Sinas".

Cf. Kircher; China illustrata, p. 57 et son Frodromus Coptus, de 1636, p. 107 et 108.

I. ANCIENS VESTIGKS HISTOIIIQUES. 101

plausible, mais qui restera longtemj)S encore, nous le craignons, une hypothèse. On peut admettre pourtant comme sullisamment prouvé, qu'au moins les disciples ou convertis de S. Thomas ont transmis le précieux trésor de la «bonne nouvelle», aux habitants des versants et gorges Sud-Ouest du Pamir, si toutefois celte triomphante annonce, en même temps qu'elle franchissait la haute barrière montagneuse du Tibet et de l'Indoustan, n'avait passé aussi, et peut-être simultanément, de la Syrie en Perse, en Transoxiane, en Bactriane et de en Chine par une des routes géographiques, connues sous le nom de T-ien-chan-aan-lou ^ Qj ^' 1?§ et T'ie7i'Chan-pé-l(m % |J[j :It g^ , les «chemins au Sud ou au Nord'des monts T'ieiD). On ignorera longlem])s encore les particularités des événements qui se sont déroulés autour de ce pôle répulsif du monde ethnographique !

En 222 de notre ère arrive à Nankin un Romain nommé Tsin-lun, auprès de Suen-k'iuen ^^, |2 , qui sept ans plus tard devait régner sous le nom de Ta-ti ^^^ ^, comme Empereur de Ou ^; il venait de la part d'Alexandre Sévère ou dlléliogabale. Il y rencontre une nombreuse colonie bouddhiste, beaucoup de bonzes partis, à la fin des Hnn, (207 ans apr. J.-C.) des bords du Gange, du Pendjab et du royaume bactrien, avec un assez bon nombre d^xcellents traducteurs^ fort instruits, empruntés à la Perse et aux contrées voisines. (1). Il est diflicile qu'il ne se soit pas trouvé parmi eux des Lettrés, ayant connaissance de la religion chrétienne, s'ils ne l'a^'aient pas eux-mêmes embrassée. Sous Ho-ti ^\l ^ (^9 à 106 apr. J.-C.) plusieurs ambassades étaient déjà venues par terre. Vers 285, on en signala une arrivée par mer, et députée par Dioclétien ou son prédécesseur.

L'abbé Hue explique pertinemment, par les Nestoriens, l'ori- gine et la survivance des pratiques catholico-bouddhiques au Tibet, pratiques, observances et organisation imposées par les conquérants Mongols, témoins des offices nestoriens ou catholi- ques, célébrés à leur cour. (2).

M. Dabry fournit une autre explication, plausible aussi, croyons-nous, dans les lignes suivantes : «Le manichéisme n'a pas fait beaucoup de prosélytes en Chine; il n'en a pas été de même au Thibet. Ainsi, il paraît constant que Tsonfj-kha-b:i, ^ £^ le fondateur du lamaïsme moderne, était, à l'origine, un

(1) Cf. Edkins; Journal de la Soc. asiatique de Chnttp-hai; année 1883. "Wlmt did tlie ancient Chinese know of the Greeks and Romans." p. 10. It.Mn Psdéologue; L\irt chinois, p. 221. Wells Williams, [The Middle Kingdom 2" Vol. p. 290, 4<^ édition. New- York 1871), pense qu© les deux moines, probablement Nestoriens, qui apportèrent à Con- Btantinople, en 552, des œufs de vers-â-soie, n'étaient ni les premiers, ni les seuls qui aient alors évangélisé la Chine, oîi ils avaient résidé.

(2) Le Christianisme en Chine; T. II. p. 18.

102 CROIX ET SWASTIKA. II.

prêtre manichéen, dans une ville Tangoufh. (l) La religion, dont le Dalaïlanui est le pontife, ne semble être qu'un mélange de Samanéisme, et de Manichéisme.» (2).

Eitel expose comment le Bouddhisme, panaché de Sivaïsme et de Brahmanisme, pénétra au Tibet, du Kaliristan et du Cache- mire; il y rencontra le Chamanisme et les superstitions indigènes; il se fondit si bien avec ces deux éléments, qu'une réaction se produisit, appelant une réforme, laquelle finit par réussir. «Mais alors les missionnaires nestoriens avaient atteint l'Asie Centrale, et quelques uns des réformateurs ])ouddhistes eurent connaissance de la vie du Christ et du cérémonial de l'Eglise Catholique».

«Obéissant aux instincts éclectiques du Bouddhisme, ils em- pruntèrent au Christianisme l)eaucoup d'idées, de traditions et de cérémonies, et quand ce parti vint à dominer au Tibet, ils amal- gamèrent, en organisant l'église tibétaine, autant d'idées chré- tiennes qu'en comportait l'orthodoxie bouddhique».

« Par s'expliquent les coïncidences des traditions concer- nant la vie de Bouddha avec les récits évangéliques. Il ne faut donc pas s'étonner en apprenant que l'église bouddhiste du Thibet a son pape, ses cardinaux, ses évoques, ses prêtres et ses reli- gieuses; qu'elle admet le baptême des enfants, la confirmation, la messe pour les morts, les rosaires, les chapelets, les cierges, l'eau bénite, les processions, les fêtes des saints, les jeûnes et abstinences, etc.. Beaucoup de ces traditions et cérémonies chré- tiennes envahirent la secte bouddhique en Chine ainsi que sa lit- térature, mais toujours dans des proportions moindres qu'au Tibet. De ce pays, le Bouddhisme se répandit en Mongolie et en Mandchourie, il atteignit une prospérité extraordinaire». (3).

Avec une complaisance marquée et une insistance provo- cante, M. E. Reclus [Asie Orient.^ pp. 79 et seq.) relate plusieurs de ces communes ressemblances. Nous l'avouons, «cette extrême analogie des pratiques du bouddhisme et du catholicisme » est indéniable : l'histoire l'explique d'abondance et notre foi ne s'en trouble point; mais les hypothèses émises par le géographe pour en rendre compte augmenteront peu son crédit en ces matières. «La plupart de nos missionnaires», dit-il, (il faudrait quelques uns), «ont vu dans cette presque identité du culte extérieur», (presque n'est pas de trop), «un artifice du démon essayant de singer le dieu des chrétiens». Cette raison n'est pas sotte, bien

(1) D'après Mayers, Tfiovglhaba serait à Si-ning W ^, en 1417; Emile de Schla- gintweit (te Bouddhisme au Tibet) dit en 1355.

(2) Le Catholicisme au VIII^ Siècle p. 21.

(3) Three lectures on Buddhism^ by Ern. Eitel, of the London missionary society; second édition. London, 1873; p. 32. —Voir aussi : Chincse Recorder, 1874, p. 8. ''For and açminst Momiolian Buddhism". Le VI« paragraphe porte ce titre : "Many of the teachings of Buddhism resemble those of our own Christianity".

I. ANCIENS VESTIGES HISTOIlIQUES. 103

que pou adéquate; on tout cas la correction typoirraphique exiire ici une majuscule pour le mot Dieu; le démon lui-mômo, qui sait à quoi s'en tenir, n'en disconviendrait j)as. M. Uoclus poursuit : «D'autres ont essayé de prouver que les ])rôtres bouddhistes, a])rès avoir abandonné leur antique cérémonial, se sont tout sim- plement emparés du rituel des chrétiens avec losque's ils se sont trouvés en rapport dans l'Hindoustan ». La critique la plus pré- venue applaudit au succès de ceux qui sont parvenus à prouver ces emprunts réels. « On sait maintenant quelle large part ces deux religions, relativement modernes, ont eue dans l'héritage des anciens cultes de l'Asie, et comment, de siècle en siècle, les mêmes cérémonies se sont continuées en l'honneur des mêmes divinités». Le mot final vise à blesser; avec intention, ce pathos nuageux ne voile qu'à demi la pensée secrète de l'écrivain. Pré- tend-il dire que les deux religions, la vraie et la fausse, ont droit au même respect, ou plutôt, car c'est tout un, au même mépris? Quant à affirmer que le bouddhisme «conserve de siècle en siècle les mêmes divinités», on ne le peut sans ignorer ou violenter l'histoire. Autant la doctrine catholique est précise, fixe, immua- ble, en droit et en fait, autant la croyance bouddhique est vague, changeante, insaisissable et sait s'accommoder aux passions, aux caprices et aux rêveries do ses adeptes : est le principal secret de son expansion. Au Tibet, l'on ignore jusqu'au nom même du Bouddha Sakyamouni, l'imagerie lamaïque n'est que porno- graphie. (1).

Le reste de la citation n'est ni plus logique ni mieux établi : «Il n'en est pas moins étonnant que, par l'effet d'une évolution parallèle en des milieux si différents, l'Occident et le centre de l'Asie, les formes extérieures du bouddhisme et du catholicisme aient maintenu leur ressemblance non seulement dans les grands traits, mais aussi dans les détails». La surprise est feinte et mal fondée; il n'existe aucune parité, soit historique, soit dogmati- que, dans cette prétendue évolution, d'ailleurs si diverse. Puis, de fait, les détails de cette ressemblance, exagérée pour les besoins de la thèse, se compteraient sur les doigts de la main; témoin cent fois des pratiques rituelles des bonzes, je l'ai constaté à loisir. Enfin, même on forçant le chiffre de ces analogies super- ficielles, les phases de l'évolution lamaïque sont choses bien modernes, rapprochées du Christianisme, et dès lors le parallélis- me n'est guère rigoureux. Il ne se vérifie, du reste, (lue pendant une courte période do temps.

Arrêtons ici ces réflexions ; le sens des conclusions perfides,

(1) Cf. supi'à, p. 89. Les voyageurs modernes s'accordent avec les missionnaires du siècle dernier pour relever l'extrême inconvenance de plusieurs représentations ultra- réalistes de quelques pagodes lamaïques de Pékin. Le bouddhisme chinois, génémlement plus réservé, ne s'est pas souillé de cette tare. Cf. de Magalhàens, Nout: rchtt. p. 35L

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insinuées en stylo papelard jiar Tauteur, qui n'ose les formuler, déborde sulîisammenl. Le catholicisme et le bouddhisme sont deux Tormes analogues de superstitions équivalentes! (1).

Impartial et mieux renseigné, M. E. Heclus avouerait que la philologie comparée, les études ethnographiques et les données de l'histoire contredisent sa monstrueuse théorie.

En somme, elle manque de base scientifique. Laissant donc des aperçus dont la partie conjecturale est fatalement aléatoire, la critique doit procéder sur le terrain moins mouvant de faits positifs, mieux établis. De même que la foi se transmettait, plus ou moins pure, aux Indes, par ces «chrétiens de S. Thomas», ain- si les «Nestoriens » conservaient en Chine le dépôt presque in- tact, altéré pourtant, des vérités principales et des pratiques essentielles du Christianisme. Les anciens missionnaires ont cru généralement à l'apostolat indirect de S. Thomas en ce der- nier pays. En 1GG2. pour répondre au trop fameux pamphlet de Yang Koang-sien, 5|^ 7^ ^t les P. lUiglio et de Magalhâens com- posèrent l'apologie intitulée : «Origine de la loi de Dieu et sa promulgation.» On y expose, au témoignage du P. Adrien Gres- lon (2) que «S. Thom^as avait envoyé de ses disciples à la Chine, et qu'ils y avaient converty grand nombre de personnes, qu'en plusieurs lieux ils avoient arboré l'estendard de la sainte croix; que ceux qui avoient receu la foy, prenant la croix pour devise, la mettant sur leurs portes, et faisant souvent sur eux-mêmes

(1) D.ins ses Trois lectures sur le Bouddhisme, le D' Eitel remarque qu'à part ''le Crucifiement, presque tous les^incidents caractéristiques de la vie du Christ, se retrouvent dans les traditions bouddhiqvies sur l'existence de Gautama Sakyamouni". D'après les dernières recherches archéologiques, ce Bouddha serait mort en 275 avant Jésus-Christ, {Handbook..., 2* édit., p. 130.), lequel, a-t-on insinué, pourrait avoir passé aux Indes entre la 12^ et la 30® année de sa vie jiour y copier le bouddhisme ! Mais, ajoute Eitel, "les moindres ressemblances entre les deux vies sont comparativement d'origine moder- ne..., et les plus anciens classiques bouddhistes, plus l'écents que les manuscrits de l'Evan- gile, n'en contiennent aucune". Toutes remontent au plus au ou 6* siècle. Le vrai Canon fut dressé et fixé entre les années 412 et 432 de notre ère, dans le bouddhisme de Ceylan, qui le transmit aux autres branches du Sud. (p. 17). Le bouddhisme du Nord, implanté en Chine, prétend remonter plus haut et tenir son Canon d'un concile du Cache- mire au temps de N.- S. ; mais ces deux canons coïncident, bien qu'on ait élargi celui du Nord. Eitel affirme encore (p. 24), que ce n'est qu'en 1410 que les Chinois se procurèrent une édition complète du Canon bouddhique, et l'édition moderne, connue sous le nom de collection du Nord, fut complétée entre 1573 et 1619 de notre ère. Il n'a donc pas été clos au 4* concile général, sous le roi Khanishka, mort 45 ans après le Christ. De Chine, le bouddhisme atteignit la Corée en 272, le Tibet en 407 et le Japon en 552.

(2) Histoire de la Chine sous lu domination tartare. Par le P. Adrien Greslon, Paris,- 1671. p. 84. Le haineux pamphlet de Yang Koang-sien avait pour titre Pouté-i y]> 1^ ti. Le Père Louis Buglio, S. J. y répondit par le Pou-té-i-pien /y* 1^ \^ 59t» plusieurs fuis réédité à llmprimerie Catholique de Zi-ka-wex.

I. ANCIENS VESTIGES HISTOIUQLES. 10.*.

ce signe sacré, la Loy do Jésus-Christ avoit oslé appfllrc (i.n.mi long'temj)s dans ce Hoyaunn; la secte de la Croix, (^iie les Chi- nois mcsme ne l'ignoroient i)as, puisiiinr leurs livies en raisoiont mention, et que la tradition conlirnioit que dans les Provinces de Chansy et Chensy, il y avoit anciennement des hourirades entières qui prolessoient cette Loy de la Croix. »

Selon l'explication fort vraisemblable du P. Kircher, ces res- tes de culte rendu à la croix s'étaient conservés chez les descen- dants des chrétiens, (nestoriens), dégénérés, (jui s'étaient soumis aux Tartares, (dynastie des Yuen yf^), au moment de la conquête, et avaient apostasie en plus ou moins grand nombre : « Ceux qui persévérèrent, dit-il, dissimulant leur croyance, ne gardèrent que quelques cérémonies extérieures. Et ce sont ces chrétiens que les chinois ont en vue quand ils parlent d'adoraleui'fi de la. croix en Chine. » (1).

Peut-être serait-il opportun d<» résumer ici un intéressant chapitre du P. Trigault, qui, dans son Expëdition chrétienne en Chine ^ n'a guère fait que mettre en ordre et compléter les com- mentaires manuscrits du P. Ilicci. Il raconte d'abord comment un juif de K'ai-fong-fou ^ ^-.j- j{f vient visiter le P. Hicci, espérant rencontrer en lui un coreligionnaire. Dans l'oratoire du Père, il aperçoit un tableau de la S. Vierge portant Jésus, adoré à genoux par S. Jean-Baptiste, et les prend respectivement pour Rébecca, Ja- cob et Esaii. Même méprise au sujet des peintures rejirésentant les quatre Evangélistes. Enfin, l'on s'explique. Le juif reconnaît le texte biblique dans une belle Bible hébraïque de chez Plantin, mais avoue ne pas savoir lire ces caractères hébreux. Il apprend aux missionnaires que ses compatriotes de K'ai-fong-fou pos- sèdent le Pentateuque, et que les juifs sont encore plus nombreux à Hang-tcheou, j^ »]\\ la capitale du Tchékiang. Tant que Ricci interrogea ce juif sur la Religion chrétienne, il ne put obtenir aucun renseignement, mais dès qu'il parla de la croix, il fut compris. «En Chine, dit le P. Trigault, on ne connaît ni le nom ni l'usai^e de la croix. Aussi les missionnaires iésuites dûrent-ils emprunter le caractère du chiffre 10, qui représente parfaitement une croix >^. (2). C'est peut-être par une secrète providence qu'ils donnèrent de nos jours à la croix le nom que les anciens Chinois, contraints par la même pénurie d'expression, lui avaient déjà donné. Comme eux, ils l'avaient nommée C/ie-/:e, « le caractère 10». Ainsi avaient fait nos Saintes Lettres en l'appellant la lettre T (le tau hébraïque), mais en emi)runtant un signe qui figure la

(1) Yang Koang-sieu avait reproché aux Chrétiens, ses compatriotes, d'avoir repris cet usage, que nous trouvons souvent mentionné, alors et plus tard, Cf. Greslon, op. cit. p. 41.

(2) Le caractère chinois s'écrit +; la croi.x: de Malte du texte de Tngault est due probablement au graveur européen.

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106 CROIX ET SWASTIKA. II.

la croix moins ]iarfai(omont qiio \c signe chinois. Donc, quand on on vint à parler de la croix en se servant de celte ap])ellation, (le caractère du chitîre 10), «cest Israélite raconta qu'en la métro- politaine Ci\i'fun-fa (1) sa patrie, et en un autre port très fameux nommé Lincino^ de la Province Scinntuw, ( IJn-t'shiçi-tchPoa f^ ^ )]] au Chan-tono \\\ '^) et en la Province de Sciiin (Chansi lll W )■' ^1 y vivait quelques estrangers, desquels les prédécesseurs étaient venus des Royaumes voisins, et qu'ils estoicnt adorateurs de la croix, et avoicnt accoustumé d'en signer leur boire et manger avec le doigt, mais que ni luy ni ceux-là ne scavoient pourquoi ils faisoient ceste cérémonie. Le tesmoignage de cest Israélite s'accordoit à ce que les Pères avoïcnt ja entendus de diverses personnes touchant ceste coustume de faire le signe de la croix en divers lieux. Voire mesme qu'on signoit les petits en fans du mesme charactère de ce signe salutaire au front avec de l'encre, en divers lieux, pour les préserver des malheurs qui arrivent ordinairement aux enfans. Ce que Jérosme Russellusi dit en ses commentaires sur la Cosmographie de Ptolémée, parlant des Chinois, s'accorde aussi avec ceci». Trigault expose en- suite le fait de la découverte, chez un antiquaire, d'une cloche de bronze, marquée d'une croix et d'une inscription grecque; nous y reviendrons plus tard. 11 poursuit : «Ce mesme Israélite adjoustoit que ces mesmes adorateurs de la croix prenaient une partie de la doctrine, qu'ils récitoient, au lieu de prières de leurs livres, et qu'elle estoit commune à tous les deux; peut estre il vouloit dire les Psaumes de David. Ils disoient qu'il y en avoit eu principalement plusieurs d'iceux ez Provinces Septentrionales, et si florissans en lettres et en armes, que les Chinois, soupçon- neux de nature, avoient crainte qu'ils n'attentassent quelque nou- veauté.» Aussi les avait-on persécutés, a Et pour crainte de la

(1) Trois ans i>lus tard, Ricci envoya un frère chinois h K^ai-fong-fou, pour se mettre en rapport avec les adorateurs du vrai Dieu, qu'il y avait découverts. Cette colonie chré- tienne ayant été persécutée quelque temps auparavant par le Pouvoir officiel, beaucoup de ses membres apostasièrent ou se cachèrent. Le frère député par le P. Ricci eut donc peu de succès dans sa mission : sa qualité de chinois, sur laquelle on avait fondé trop d'espoir, le fit regarder comme un espion des mandarins. Trois autres juifs vinrent trouver Ricci à Pékin et furent instruits des vérités chrétiennes. Sur l'issue relativement infructueuse de la tentative de Ricci, je trouve les lignes suivantes : "Le frère chinois qu'il avait envoyé fit tout ce qu'il put pour bien remplir sa commission et revint à Pé-king avec de fort amples mémoires. Les persécutions qu'on excita contre notre sainte religion et la grande révolution qui a mis les Tartares sur le Trône, livrèrent plusieurs fois notre église au pillage. Les mémoires sur les juifs ont jîéri dans ces malheureuses catastrophes, et, à moins qu'on en ait envoyé alors une copie en Europe, ce que nous ignorons, ils sont perdus pour jamais." Cf. Etudes reliyieuses et littéraires^ Nov. 1877. p. 751. Le P. Sommervogel y a inséré, sous le titre : "Les juifs en Chine," un mémoire très impoitant, et jusque inédit, du P. Martial Cibot, mort à Pékin en 1780.

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I. ANCIENS VESTir.ES HISTORIQUES. 107

mort, les uns se firent Sarazins. les autres Juifs, plusieurs ado- rent les idoles. Leurs temples ont esté chani^ez en ti-mples d'ido- lâtres. Et nommoit h^ temple de la croix entre hîs siens, du nom qu'on l'a appelé depuis qu'il fut au service des idoles». (1).

Trigault ajoute ({u'on a))pelle (mi Chine Ilopi-iiopi 0 ^ les Mahométans, les Juifs et les Adorateurs de la Croix, quoirjue on distingue chacune de ces religions. On donne aussi k ces « pro- fesseurs de croix» divers noms qui font croire qu'ils sont venus de Perse et d'Arménie à la suite des grandes invasions militaires. L'auteur poursuit en détaillant les textes et les traditions (jui lui semblent prouver, au point que «les plus opiniastres mesmes n'en sçauroient douter», l'Apostolat de S. Thomas et de ses succes- seurs en Chine. Ces documents sont à-peu-prc's ceux de la China illustrata de Kircher.

Du reste, obéissant, comme i)lusieurs missionnaires, aux mêmes préoccupations, le P. Trigault avait déjà mandé de Goa (2't Dec. 1607), «on nous écrit que du côté du So})tentrion, bien avant, il se trouve une espèce de chrétiens, qui ont des croix et autres choses semblables aux catholiques». (2). Sous le titre : Juifs et chrétiens en Chine-», la China Revie\<' (1884-85. p. 301), rappelle qu'au début du XVIIP siècle John Bell d'Antermony trouva quelques Juifs et quelques Mahométans à Pékin en 1720, qu'il supposa être entrés en Chine vers il 00 avec les Tartares occidentaux : «Il existe une secte très peu nombreuse d'adora- teurs de la croix, cro.s.s-wors/j/pper.s. Ils rendent un culte à la S*^e Croix, mais ils ont perdu toute autre marque de christianis- me; ce qui indique probablement que l'Evangile a été prêché en ce pays avant l'arrivée des missionnaires jé'suites».

D'après le sinologue André Millier, s'appuyant sur l'autorité des historiens du Céleste Empire, c'est en l'an 05 de notre ère que le philosophe indien Xa-can (Sakya?) serait entré en Chine et y aurait prêché, entre autres doctrines, celle de trois dieux en un. Il partage l'opinion de ceux qui pensent que le christianisme fut alors introduit et que ses enseignements furent dans la suite in- terpolés et conséquemment corrompus par les Chinois. Cette secte s'appelait Xe-chiao (Che~kiao "f* fi) et aussi Fo-kiao ^ ^. « W, {Che -f-, en romanisation française), dit Mi'iller, indique la Croix; Fo ^ est le Jupiter latin, et Kiao |jc signifie doctrine. D'où Xa- ca, ou Sàkya, ou Sé-kiao, veut dire la doctrine de la Croix. Les bonzes ou prêtres de Fo, (Bouddha) s'appelaient aussi Che-hiao: d'autre part Fo est appelé aussi Fo-hhan, ([ui corres[)ond au nom

(1) Trigault, de Ckristianâ Expeditione..., caput imdecinnim : De Samcenis ac Juilîeis ac fidei demùm christianai aiuid Sinas vestigiis". Nous empnintous souvi-nt la naïve et fidèle traduction de de Riquebourg-Trigault. (Cf. pour ce passage, T. I. p. IIKS ).

(2) Dehaisnes, Vie du P. Trigatd!, p. 241).

108 CHOIX KT SWASTIKA. II.

indien Sa-hnm)y. (1). Nous no soutiendrions jias sans réserves cette ingénieuse théorie; elle ligure ici à litre doeumentaire.

Le P. Le Comte observe (jue « nous ne sçavons pas tout ce qui s'est passé dans ce nouveau monde dei)uis la mort de Jésus- Christ... On ne doute ]ioint ({ue S. Thomas n'ait ])r(^sché la Foy dans les Indes, et il est certain (|u'(mi ce t(Miips-l;i les Indiens connoissoient parfaitement la Chine, à qui ils ))ayoient presque tous quelque tribut». Comme civilisation, dit-il, la Chine occupait alors le rang de Rome en OccidcMit. « Ainsi peut-estre que 8. Thomas s'y sera transporté luy-m(^sme, ou du moins qu'il y aura envoyé quelques uns de ses disciples». [2).

Le P. du Jarric intitule un chapitre de son ouvrage : «De la Mémoire qu'il y a ez Indes de l'Apostrc S. Thomas et de ses gestes : comme les Portugais ont trouvé ses reliques à Méliapor. .. etc.». (3). Les principaux témoignages qu'il énumère se résument en ceux-ci : Il existe de nombreuses églises que la tradition dit avoir été fondées i)ar suint Thomas, lecjuel aurait personnelle- ment instruit les ancêtres de ces «chrétiens de S. Thomas». Ces derniers fêtent encore le dimanche dans l'Octave de prujues, jour l'Apôtre aurait mis sa main dans les plaies de N. S. (Joann. C. XXV. 27), Beaucoup d'inscriptions sur métal men- tionnent les miracles du Saint et les donations, faites par les souverains du pays, aux églises bâties par lui ou en son honneur. Des chants indigènes confirment la tradition sur ce point. De Méliapore. il aurait été évangéliser la Chine : «D'autant que les Chinois en ce temps-là estoyent les maistres de la marine, et avoient en main tout le traific et commerce de l'Inde, comme l'ont maintenant les l^ortugais : de façon qu'ils voyageoient sou- vent en ceste contrée». De là, S. Thomas seroit revenu à la Côte de Coromandel, il fut martyrisé par les Brahmes, près

(1) John Kessoii, the Cross and the Dragon. London, 18-54. p. 8. Le P. Kircher, on plutôt le P. Boym, (lit de son côté: "Imo ipse venerabilis P. Mathœus Riccius cùm priniùm in Sinas penetravit, Xé-/'6V(-/i/ao ( |* "ï* W^ Che-tse-kiao, en figuration française), nomen crucis doctrinœ reperit, quo nimirùm Ohristiani antiquitùs Crucis doctrinse discipuli apud 8inas vocarentur". China monumentis illastrata, p. 9. Dabry suggère (page 27 op. cit.) qu'on aj^pliquait peut-être au Nestorianisme cette dénomination de Che-tse-kiao, "religion de la Croix", que suivaient les Chaziuzariens, (chasus en ai-ménien veut dire CTO «ic), ou staurolâtres, (adorateurs de la croix, ZjIAiI \J2Li)^ qui étaient des nestoi'iens arméniens, n'adorant de toutes les images que la ci-oix". J'ignore si chasus est un mot arménien et s'il signifie croix, mais j'estime que, sous sa forme quasi latine, il ressemble étonnamment à l'expression chinoise che-tze, "la croix", ou le caractère dix.

(2) Nouveaux Mémoires sur Vétat présent de la Chine, par le P. L. Le Comte, mathé- maticien du Roy, édition, Amsterdam 1698 p. 97. Cf. Hirth ; China and Roman Orient.

(3) Du Jarric S. J. Histoire des choses plus mémorables... chap. XVII., p. 497.

I. ANCIENS VESTKiES HISTOIUQTJES. 109

de l'ancienne ville de M('lia])ore. (1).

Notre cadre ne comporte pas la discussion de ces divers témoignages ou traditions, qu'il nous suiïit de rapporter.

Le P. Sémédo nous a laissé quelques remanjucs fort sensées, à propos du Monument de S i -ru i an- fou; nous les introduisons ici par anticipation, et pour les vues judicieuses qu'(dles renlerment : «Il paraît donc évidemment que la Religion chrétienne est entrée en la Chine dès l'an 631... Il ne faut pas néantmoins présumer de qu'elle n'y ait point esté plantée par la i)rédication des Apostres,... mais plùtost qu'ayant esté une lois pul)liée pour tous ces pays, elle se perdit, et puis elle fut restahlie par de nouveaux soins. Le mesme est arrivé aux Indes, l'Apostre S. Thomas avoit porté le flambeau de la foy, qui, s'estant esteinl, fut ral- lumé environ l'an 800, dans la ville de Mogodouen, ou Patana, (Patna?) par un Chrestien Arménien nommé Thomas Chana- néen, (2) lequel ayant renouvelle l'ancienne Religion répara les églises basties par le S Apostre, et dressa des autels : ce qui a donné sujet de croire, sur la conformité des noms, que tous les bastimens, qu'on y void, sont des ouvrages du premier S. Thomas. Le mesme peut estre arrivé dans la Chine; et qu'après avoir receu la loy de l'Evangile dès aussitôt qu'elle commença d'estre annoncée au monde, elle en perdit tout-à-lait la mémoire jus(|ues à la seconde fois, qui est celle dont parle l'Inscription... Le temps, auquel se perdit la mémoire des prédications du S. Apos- tre, n'est pas beaucoup inégal et différent pour le regard des

(1) Mailapur ou Maihipoura, fnibourg de Mudnis. Cf. Du Jurric. Oy>. cit. 4iiS. Le Père raconte aussi qu'en 1517, "certain Arménien de nation Coje Escandei," faut-il ridentifier avec Escandel? con<luisit les Portugais sur leS ruines <le cette ancienne ville de Méliapore, rebâtie en 1504 sous le nom de S. Thomé, ils rencontrèrent un vieillard entretenant, à l'exemple de son père, de son grand-père et de ses aïeux, une lampe allu- mée sur le tombeau du saint martyr. Ils firent un rapport au vice-roi à Goa, et den Je:in III de Portugal, averti, ordonna, en 1522, d'y faire des fouilles. Puis viennent des détails très circonstanciés sur la manière dont les ossements du saint furent trouvés et sur les garanties d'authenticité qui accompagnèrent la découverte. Le Père enfin exi)ose au long comment on peut concilier avec tout cela la mention du IVIartyrologe romain '\\\n met le 3 de Juillet la translation du corps de S. Thomas de la ville de C-.ilaniine en llnde. à celle d'Edesse en Mésopotamie, et de en la ville d'Orthone i\\\\ est en l'Apoulle d'Italie." p. 507. Cf. Acta Sanctontm.

On peut lire à ce sujet, avec pi'écaution toutefois, une longue note du Colonel Yule à la page 338 du 11^ volume de son Mairo Polo, 2*= édition. Il l'y insère à propos du chapi- tre XVIII du célèbre voyageur : "Discoursing the i)lace where lieth the body of S. Thonniâ the Apostole : and the miracles thertof". Item, p. 342. Il est à regretter que le savant Commentateur ait cédé parfois aux préjugés rationalistes de sa critique protestante, eu matière religieuse; ses conclusions en souffrent et laissent trop voir q l'il ne possédait point la vérité intégrale.

(2) Kircher, China illustrata, p. 55, partage cette opinion et ai)pelle ce nouveau Thomas syrien : Martome, c'est-à-dire le Seit/neur J'homas.

110 CROIX ET SWASTIKA. II.

Indes et do la Chine... et de on peut conclure sans dilTicultë, que ce n'est pas le premier esta])lissement de la Religion chres- tienne, mais plustost son restablissement». (1).

Kircher dans sa China illustrnta exploite les richesses de son érudition pour prouver «la propagation de l'Evangile par TApos- tre S. Thomas et ses sucesseurs dans toutes les régions de l'Asie orientale». (2). Il nous serait facile de copier ici, comme tant d'auteurs, les textes espagnols, portugais, latins, grecs, arabes, hébreux et chaldéens de sa dissertion. Nous ne lui emprunterons que cette transition opportune : nAd dcreliclam semitam rever- tamur! Reprenons le sentier que nous avons quitté». Il nous amène enfin à l'Inscription de Si-ngnn-fou, dont le nom a déjà paru plusieurs l'ois sous notre plume. (3).

(1) L'inscription gravée sur marbre dans l'église élevée à Pékin en 1650, par le P. Adam Schall, débute ainsi ; "La foi fut d'abord apportée en Chine par l'Apôtre S. Tho- mas; elle le fut une seconde fois et avec un plus grand succès par les Syriens sous la dynastie des T^anp. Enfin elle se répandit pour la troisième fois au temps des Minff, grâce aux prédications et aux ouvrages chinois de S. François Xavier, puis du P. Matthieu Ricci..."

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(2) Kircher, op. cit. ; partie, chap. II. Sur la venue de S. Thomas en Chine, voir la Nouvelle relation... }>ar le P. de Magalhâens, p. 3i7.

(3) Si-noan-fou W ^ /JT !«' capitale de la Province du Chensi, j^^ W l'une des Provinces florissantes de la Chine primitive, est l'ancienne Tchang-nfjan ^ "51 , ville con- sidérable, qui a peut-être joué le rôle historique le plus imimrtant parmi toutes les villes du Céleste Empire. Le Colonel Yule, comme Richtofen, l'identifie avec Kenjanfou (aliàs Qmmanfu), de Marco Polo, (cf. XLI). Cf. ''The Book of Ser Marco Polo... édit. 1875 ". Tome II, p. 21.

I

CHAPITRE II.

LA PIERRE DE SI-NGAN-FOU.

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§ I. GENERALITES.

Découverte. Authenticité. Vicissitudes. Incurie mandarinale et réclamations. Etat présent. L'inscription est-elle nestorienne?

§ IL LES CROIX DANS LE TEXTE.

Double mention de ce signe. La seconde seule a trait à la croix. Versions diverses.

§ III. LA CROIX DU SOMMET.

Les trois types présentés au public. Les deux premiers sont faux. Le dernier seul est exact. Sa vraie forme.

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